L'objet de ce guide : décortiquer le calcul des IJ

Ce guide est entièrement consacré à une seule question : combien la CPAM va-t-elle vous verser, jour après jour, pendant votre congé maternité ? Pour les autres aspects (protection contre le licenciement, retour au poste, congé pathologique détaillé, convention collective), reportez-vous au guide complémentaire Congé maternité : durée, indemnités et droits. Ici, on entre dans le détail du calcul : la formule, le plafond, et surtout les cas particuliers qui font varier le montant (temps partiel, primes, 3e enfant, grossesse pathologique).

Le congé maternité suspend votre contrat de travail autour de l'accouchement, avec le versement d'indemnités journalières (IJ) par la CPAM. La règle de base est simple, mais son application sur un cas réel réserve souvent des surprises — un mois à temps partiel, une prime exceptionnelle ou un changement d'employeur récent peuvent modifier sensiblement le résultat.

📌 Indemnités CPAM, pas salairePendant le congé, vous ne percevez pas votre salaire mais une indemnité journalière calculée et versée par la CPAM. Selon votre convention collective, l'employeur peut compléter pour maintenir votre net habituel. Les chiffres ci-dessous (PMSS 4 005 €, plafond 104,02 €/jour) sont les valeurs 2026 ; ils sont revalorisés chaque année — vérifiez-les sur ameli.fr.

Durée du congé selon le rang de l'enfant

SituationAvantAprèsDurée totale
1er ou 2e enfant6 sem.10 sem.16 semaines
3e enfant ou plus8 sem.18 sem.26 semaines
Jumeaux12 sem.22 sem.34 semaines
Triplés ou plus24 sem.22 sem.46 semaines
1er ou 2e enfantAvant6 sem.
Après10 sem.
Durée totale16 semaines
3e enfant ou plusAvant8 sem.
Après18 sem.
Durée totale26 semaines
JumeauxAvant12 sem.
Après22 sem.
Durée totale34 semaines
Triplés ou plusAvant24 sem.
Après22 sem.
Durée totale46 semaines

En cas de grossesse pathologique, le congé prénatal peut être allongé de 2 semaines supplémentaires (sur prescription médicale). Vous pouvez aussi reporter une partie du congé prénatal (3 semaines maximum) sur la période postnatale, avec accord du médecin.

Comment sont calculées les indemnités

Le calcul de la CPAM suit trois étapes :

  1. Salaire journalier de base = somme de vos 3 derniers salaires bruts (chacun plafonné au plafond mensuel de la Sécurité sociale, 4 005 €/mois en 2026), divisée par 91,25.
  2. Abattement forfaitaire de 21 % appliqué sur ce salaire de base : il représente les cotisations salariales et la CSG/CRDS. L'indemnité versée correspond donc à environ 79 % du salaire de base.
  3. Plafonnement : l'indemnité journalière nette ne peut pas dépasser 104,02 €/jour en 2026, soit environ 3 162 €/mois (104,02 × 30,4 jours).
⚠️ Les hauts salaires sont plafonnésComme le salaire de base est plafonné à 4 005 €/mois, une salariée gagnant 5 000 € nets touchera la même indemnité maximale (104,02 €/jour) qu'une salariée à 4 005 €. D'où l'importance du maintien de salaire prévu par certaines conventions collectives.

Quatre cas concrets, du plus simple au plus piégeux

Plutôt qu'un exemple unique, voici quatre situations qui couvrent les configurations les plus fréquentes. Toutes utilisent les valeurs 2026 (PMSS 4 005 €, abattement 21 %, plafond 104,02 €/jour).

Cas 1 — Sarah, salaire moyen, 1er enfant

Sarah gagne 2 200 € bruts/mois, sous le plafond, donc pris en compte intégralement.

  • Salaire journalier de base : (2 200 € × 3) ÷ 91,25 = 72,33 €/jour
  • Après abattement de 21 % : 72,33 × 0,79 ≈ 57,14 €/jour
  • Durée (1er enfant) : 16 semaines = 112 jours
  • Total estimé : ≈ 6 400 € sur la durée du congé

Cas 2 — Inès, haut salaire : le plafond mord

Inès gagne 5 000 € bruts/mois. Son salaire dépasse le PMSS, donc le calcul est écrêté à 4 005 € par mois retenu.

  • Salaire journalier de base plafonné : (4 005 € × 3) ÷ 91,25 = 131,67 €/jour
  • Après abattement : 131,67 × 0,79 ≈ 104,02 €/jour, soit le plafond net de 104,02 €/jour
  • Inès touche donc la même IJ qu'une collègue à 4 005 € : tout l'écart au-delà du plafond repose sur le maintien de salaire de l'employeur.

Cas 3 — Léa, temps partiel et primes

Léa travaille à 80 % pour un brut de 1 760 €/mois, mais a touché une prime annuelle de 1 200 € versée sur l'un des trois mois de référence. La CPAM retient le brut soumis à cotisations réellement perçu sur les 3 derniers mois, primes incluses dès lors qu'elles sont cotisées.

  • Bruts des 3 mois : 1 760 + 1 760 + (1 760 + 1 200) = 6 480 €
  • Salaire journalier de base : 6 480 ÷ 91,25 = 71,01 €/jour
  • Après abattement : 71,01 × 0,79 ≈ 56,10 €/jour

À retenir : une prime cotisée tombée dans la période de référence gonfle l'IJ ; à l'inverse, un mois incomplet (arrêt maladie, congé sans solde) peut la réduire. Le détail des éléments retenus figure sur ameli.fr.

Cas 4 — Fatou, 3e enfant et grossesse pathologique

Fatou gagne 2 600 € bruts/mois et attend son 3e enfant, ce qui ouvre 26 semaines de congé (8 + 18). Une grossesse pathologique lui ajoute 2 semaines prénatales, indemnisées au même titre.

  • Salaire journalier de base : (2 600 × 3) ÷ 91,25 = 85,48 €/jour
  • Après abattement : 85,48 × 0,79 ≈ 67,53 €/jour
  • Durée : 26 semaines + 2 (pathologique) = 28 semaines = 196 jours
  • Total estimé : ≈ 13 200 € sur la durée du congé

Le rang de l'enfant ne change pas le montant journalier, mais il allonge la durée, donc le total perçu.

💡 Trois mois de référence, pas une moyenne lisséeLa CPAM ne prend pas votre salaire « habituel » mais les 3 derniers bulletins avant le congé (ou les 12 derniers pour les emplois discontinus/saisonniers). Si l'un de ces mois est anormalement bas ou haut, le résultat s'en ressent. Anticipez-le si vous le pouvez.
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Démarches pour être bien indemnisée

  1. Déclarez votre grossesse à la CPAM et à la CAF avant la fin du 3e mois (en ligne ou via votre médecin).
  2. Prévenez votre employeur par lettre recommandée, en précisant les dates de début et de fin de congé.
  3. L'employeur transmet l'attestation de salaire à la CPAM au début du congé : c'est ce document qui déclenche le versement.
  4. Vérifiez vos versements : les IJ sont payées tous les 14 jours environ. En cas de retard, contactez votre CPAM via le compte ameli.
💡 Vérifiez votre convention collectiveDe nombreuses conventions prévoient un maintien total ou partiel du salaire pendant le congé maternité (subrogation : l'employeur perçoit les IJ et vous verse votre net). Consultez votre service RH pour savoir ce à quoi vous avez droit.

Arrêts maladie autour du congé : ce qui change le montant

Le congé maternité ne se déroule pas toujours « proprement » entre deux dates fixes. Plusieurs arrêts peuvent l'encadrer, et chacun obéit à des règles d'indemnisation différentes — c'est une source fréquente d'erreur dans l'estimation du montant total perçu.

PériodeIndemnisationCarenceTaux
Congé pathologique prénatal (2 sem. max)Comme le congé maternitéAucuneIJ plafonnée à 104,02 €/jour
Congé maternité légalIJ maternitéAucune≈ 79 % du SJB, plafond 104,02 €/jour
Suites pathologiques post-natales (4 sem. max)Comme un arrêt maladie3 jours50 % du SJB plafonné
Arrêt maladie « ordinaire » avant la grossesseArrêt maladie3 jours50 % du SJB plafonné
Congé pathologique prénatal (2 sem. max)IndemnisationComme le congé maternité
CarenceAucune
TauxIJ plafonnée à 104,02 €/jour
Congé maternité légalIndemnisationIJ maternité
CarenceAucune
Taux≈ 79 % du SJB, plafond 104,02 €/jour
Suites pathologiques post-natales (4 sem. max)IndemnisationComme un arrêt maladie
Carence3 jours
Taux50 % du SJB plafonné
Arrêt maladie « ordinaire » avant la grossesseIndemnisationArrêt maladie
Carence3 jours
Taux50 % du SJB plafonné

Le point à retenir : les 2 semaines de congé pathologique prénatal sont payées au taux maternité (sans carence, jusqu'à 104,02 €/jour), tandis que les éventuelles 4 semaines de suites pathologiques après l'accouchement basculent en régime arrêt maladie, donc à 50 % du salaire journalier de base et avec 3 jours de carence. Une salariée qui enchaîne maternité puis suites pathologiques verra donc son indemnité baisser nettement sur cette dernière période.

⚠️ Un mois d'arrêt dans la période de référence tire l'IJ vers le basSi l'un des 3 derniers mois précédant le congé a été partiellement non travaillé (arrêt maladie, congé sans solde, temps partiel thérapeutique), le salaire brut de ce mois est plus faible — et il fait mécaniquement baisser le salaire journalier de base, donc l'IJ. Quand c'est possible, anticipez le calendrier pour ne pas faire chevaucher un mois « creux » avec la période de référence.

Démarches CPAM détaillées et calendrier

Pour que les indemnités tombent à l'heure, chaque pièce doit arriver au bon endroit dans le bon ordre. Voici le déroulé concret :

  1. Avant la fin du 3e mois : déclarez la grossesse à la CPAM et à la CAF (en ligne sur le compte ameli ou via le formulaire remis par le médecin/la sage-femme). Cette déclaration ouvre aussi la prise en charge à 100 % des frais médicaux liés à la grossesse à partir du 6e mois.
  2. Avant le début du congé : informez votre employeur par lettre recommandée avec les dates de début et de fin. C'est lui qui établira l'attestation de salaire.
  3. Au début du congé : l'employeur transmet l'attestation de salaire à la CPAM (en général de façon dématérialisée via la DSN (déclaration sociale nominative, la déclaration mensuelle de l'employeur)). Sans ce document, aucun versement ne peut démarrer — relancez votre service paie si vous ne voyez rien arriver sous 8 à 10 jours.
  4. Dans les 48 h suivant l'accouchement : envoyez le certificat d'accouchement à la CPAM pour déclencher la part postnatale.
  5. Tout au long du congé : suivez vos paiements sur le compte ameli (rubrique « Mes paiements »). Les IJ sont versées tous les 14 jours environ.
💡 Conservez vos bulletins de salaire des 3 derniers moisEn cas de désaccord sur le montant retenu, ce sont vos 3 derniers bulletins (et les primes cotisées qui y figurent) qui font foi. Gardez-les à portée de main : ils permettent de vérifier le salaire journalier de base calculé par la CPAM et, le cas échéant, de demander une régularisation.

Points clés à retenir

  • La durée va de 16 à 46 semaines selon le rang et le nombre d'enfants.
  • L'indemnité journalière nette est plafonnée à 104,02 €/jour en 2026.
  • Le salaire de base est calculé sur les 3 derniers mois, plafonnés à 4 005 €/mois.
  • Un complément employeur est fréquent : vérifiez votre convention collective — de nombreuses branches (banque, métallurgie, Syntec…) prévoient le maintien intégral du salaire, l'employeur percevant alors les IJ à votre place (subrogation).
  • Pendant toute la grossesse et le congé, vous bénéficiez d'une protection renforcée contre le licenciement (art. L1225-4 du Code du travail), qui se prolonge encore 10 semaines après le retour.
  • Le résultat exact dépend de votre dossier : estimez avec le simulateur, puis confirmez auprès de votre CPAM.