L'abattement de 100 000 € : la base de toute donation

En France, chaque enfant peut recevoir de chacun de ses parents jusqu'à 100 000 € en franchise de droits de donation. L'abattement s'applique par enfant et par parent, ce qui signifie qu'un couple peut transmettre à chaque enfant 200 000 € sans aucun impôt. Cet abattement se renouvelle automatiquement tous les 15 ans.

Au-delà de cet abattement, les droits de donation s'appliquent selon un barème progressif, identique à celui des droits de succession en ligne directe :

Tranche taxable (après abattement)Taux de droits
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 12 109 €10 %
De 12 109 € à 15 932 €15 %
De 15 932 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %
💡 Stratégie du renouvellement tous les 15 ansUn couple ayant 2 enfants peut transmettre 400 000 € en franchise totale tous les 15 ans (100 000 € × 2 parents × 2 enfants). Sur 30 ans (deux cycles), cela représente 800 000 € transmis sans droit. Si on ajoute le don familial exonéré et les donations aux petits-enfants (31 865 € chacun), un couple peut transmettre plus d'1 million d'euros sans aucun droit sur 30 ans.

Le don familial exonéré (article 790 G CGI)

En plus de l'abattement de 100 000 €, l'article 790 G du CGI prévoit une exonération supplémentaire de 31 865 € pour les dons familiaux en argent. Conditions cumulatives :

  • Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don
  • Le donataire doit être majeur (enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant, ou à défaut neveu/nièce)
  • Le don doit être en numéraire (somme d'argent), pas en biens
  • La déclaration doit être déposée dans un mois au service des impôts

Cette exonération se cumule avec l'abattement de 100 000 €. Un parent de moins de 80 ans peut donc transmettre à chaque enfant majeur 131 865 € en franchise totale (100 000 € + 31 865 €), renouvelable tous les 15 ans. Pour un couple avec 2 enfants : 527 460 € transmissibles tous les 15 ans sans aucun droit.

📌 Présents d'usage : pas de plafond légalLes présents d'usage (cadeau de mariage, d'anniversaire, de Noël) ne sont pas soumis aux droits de donation et ne s'imputent pas sur les abattements, à condition qu'ils restent proportionnés au train de vie du donateur. L'administration tolère généralement jusqu'à 2-3 % du patrimoine du donateur, ou 1 mois de revenu. Au-delà, requalification possible en donation taxable.

La donation simple : forme et procédure

La donation simple (ou donation entre vifs) est l'acte par lequel une personne (le donateur) transmet immédiatement et irrévocablement un bien ou une somme à une autre (le donataire). Plusieurs formes possibles :

Type de donationFormeAdapté pour
Don manuelRemise de la main à la main (numéraire, mobilier)Petites sommes, cadeaux
Don familial déclaréDéclaration 2735 dans le moisSommes d'argent supérieures à 1 500 €
Donation notariée simpleActe authentique chez notaireBien immobilier, sommes importantes
Donation-partageActe notarié, plusieurs bénéficiairesRépartition définitive entre héritiers
Donation graduelle ou résiduelleActe notariéTransmission sur 2 générations

Pour les biens immobiliers et les sommes importantes, le passage devant notaire est obligatoire. Les frais notariaux (émoluments) sont calculés selon un barème réglementaire (environ 1 à 2 % de la valeur du bien). Pour un don manuel ou un don familial déclaré, aucun notaire n'intervient : la déclaration se fait directement aux impôts via le formulaire 2735.

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La donation-partage : prévenir les conflits

La donation-partage est un acte notarié par lequel un donateur répartit de son vivant tout ou partie de son patrimoine entre ses héritiers présomptifs (enfants, ou descendants si pas d'enfants). Elle présente plusieurs avantages majeurs par rapport à une simple donation :

  1. Fige la valeur des biens au jour de la donation : un enfant qui reçoit un appartement à 200 000 € en 2026 ne « doit » rien aux autres si ce bien vaut 300 000 € au décès du donateur. Évite des disputes sur l'évaluation.
  2. Égalisation des lots : permet de répartir équitablement le patrimoine entre les enfants, en compensant éventuellement par des soultes (versements compensatoires entre frères et sœurs).
  3. Définitive et opposable : impossible à remettre en cause après le décès (sauf vice du consentement). Pacifie la succession.
  4. Possible avec des enfants de lits différents : la donation-partage transgénérationnelle (depuis 2007) permet d'inclure les petits-enfants.

L'inconvénient principal : la donation-partage nécessite l'accord de tous les enfants. Si un enfant refuse de participer, la donation-partage n'est pas possible (mais des donations simples individuelles le restent).

Le démembrement : levier fiscal puissant

Le démembrement de propriété consiste à diviser la propriété d'un bien en deux droits distincts :

  • L'usufruit : droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus (loyers, intérêts)
  • La nue-propriété : droit de disposer du bien (le vendre, le donner), sans pouvoir l'utiliser

En donation, donner uniquement la nue-propriété à ses enfants présente un double avantage. Premier avantage : les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété seulement, qui est inférieure à la pleine propriété et dépend de l'âge du donateur (article 669 du CGI) :

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Deuxième avantage : au décès du donateur, l'usufruit s'éteint automatiquement et la pleine propriété se reconstitue chez l'enfant sans aucune nouvelle taxation. C'est une optimisation puissante pour transmettre un bien immobilier ou un portefeuille tout en conservant les revenus.

💡 Exemple chiffréUn parent de 65 ans donne la nue-propriété d'un appartement de 300 000 € à son enfant. La valeur de la nue-propriété est de 60 % = 180 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 80 000 €, soit environ 14 200 € de droits. Au décès du parent, l'enfant récupère la pleine propriété valant peut-être 400 000 € sans aucune taxation supplémentaire. Le gain fiscal peut atteindre 50 000 € par rapport à une donation en pleine propriété ou une succession classique.
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Le pacte Dutreil : transmettre une entreprise

Le pacte Dutreil (articles 787 B et 787 C du CGI) est un dispositif fiscal spécifique permettant de transmettre une entreprise familiale en bénéficiant d'un abattement de 75 % sur la valeur des titres ou de l'entreprise transmis par donation ou succession. C'est l'un des dispositifs les plus puissants du droit fiscal français.

Conditions cumulatives à respecter :

  1. Engagement collectif de conservation : avant la transmission, au moins 2 associés s'engagent à conserver leurs titres pendant 2 ans minimum. Les associés signataires doivent représenter au moins 17 % en valeur dans une société cotée, ou 34 % en société non cotée.
  2. Engagement individuel de conservation : après la transmission, chaque héritier ou donataire s'engage à conserver les titres reçus pendant 4 ans.
  3. Exercice d'une fonction de direction par l'un des bénéficiaires ou des signataires de l'engagement collectif, pendant 3 ans après la transmission.
  4. Activité opérationnelle : la société doit exercer une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale (les holdings purement passives sont exclues).

Combiné à une donation en démembrement (nue-propriété seule transmise), le pacte Dutreil peut faire chuter la base taxable à moins de 15 % de la valeur réelle de l'entreprise. C'est l'outil incontournable de la transmission familiale d'entreprise.

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Pièges à éviter et conseils pratiques

La donation est un acte irrévocable (sauf cas exceptionnels comme l'ingratitude ou l'inexécution des charges). Plusieurs précautions sont à prendre :

  • Ne pas se démunir totalement : conservez suffisamment de patrimoine pour vos besoins futurs (santé, dépendance, retraite). Le démembrement (donner la nue-propriété, garder l'usufruit) est souvent préférable.
  • Anticiper le rapport civil : sauf si la donation est expressément faite « hors part successorale » (et dans la limite de la quotité disponible), la donation s'imputera sur la part successorale au décès, ce qui peut créer des inégalités.
  • Respecter la réserve héréditaire : un parent ne peut donner librement que la quotité disponible : 1/2 du patrimoine avec 1 enfant, 1/3 avec 2 enfants, 1/4 avec 3 enfants et plus. Toute donation excédant cette part peut être réduite par les autres enfants.
  • Déclarer les dons manuels : même si non obligatoire dans tous les cas, déclarer un don manuel donne date certaine à l'opération et fait courir le délai de 15 ans.
  • Penser à la trésorerie : si vous donnez un bien immobilier, vos enfants devront payer les droits sur leurs deniers propres. Soit donner une somme pour payer les droits, soit anticiper.
⚠️ Le piège de la donation déguiséeL'administration fiscale est attentive aux donations déguisées en ventes (prix sous-évalué, paiement fictif). En cas de requalification, vous risquez : les droits de donation au taux réel (jusqu'à 45 %), une majoration de 80 %, et des intérêts de retard. Avant toute « vente » familiale à prix décoté, consultez un notaire pour qualifier l'opération.
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