Comment fonctionnent les 4 seuils d'âge ?
Le dispositif retraite anticipée pour carrière longue permet aux assurés ayant commencé à travailler tôt de partir à la retraite avant l'âge légal de 64 ans. Créé en 2003 et refondé par la réforme de 2023, il repose sur une logique simple : plus vous avez commencé à cotiser jeune, plus vous pouvez partir tôt. L'idée est de ne pas pénaliser ceux qui ont une carrière particulièrement longue, souvent débutée par un apprentissage ou un premier emploi avant la majorité.
Quatre seuils d'âge de début de carrière déterminent votre âge de départ possible. Le critère retenu est l'âge auquel vous avez validé un certain nombre de trimestres cotisés (généralement 5, ou 4 si vous êtes né au dernier trimestre de l'année). C'est cette date de premier emploi cotisé, et non votre génération seule, qui ouvre l'un des quatre âges de départ anticipé.
Les 4 seuils carrière longue 2026
| Début de carrière avant | Âge de départ possible | Anticipation vs 64 ans |
|---|---|---|
| 16 ans | 58 ans | 6 ans |
| 18 ans | 60 ans | 4 ans |
| 20 ans | 62 ans | 2 ans |
| 21 ans | 63 ans | 1 an |
16 ansÂge de départ possible58 ans
18 ansÂge de départ possible60 ans
20 ansÂge de départ possible62 ans
21 ansÂge de départ possible63 ans
Dans tous les cas, il faut aussi justifier d'au moins 5 trimestres cotisés avant le seuil d'âge concerné (4 si vous êtes né au 4ᵉ trimestre) et avoir validé la durée d'assurance complète de votre génération — soit 172 trimestres pour les personnes nées à partir de 1973.
Exemple chiffré : Sylvie, début en CAP à 17 ans
Sylvie est née en 1970 et a commencé un CAP en alternance à 17 ans. Comme elle a débuté avant 18 ans, son seuil de départ anticipé est fixé à 60 ans. Pour sa génération, la durée d'assurance requise est de 171 trimestres. Reste à vérifier qu'elle remplit la condition de trimestres cotisés avant le seuil.
| Critère | Situation de Sylvie | Condition requise | Validé ? |
|---|---|---|---|
| Âge de début de carrière | 17 ans | Avant 18 ans | Oui |
| Seuil de départ | 60 ans | — | — |
| Trimestres cotisés avant 18 ans | 5 | 5 (ou 4 si né au T4) | Oui |
| Durée d'assurance validée | 171 trim. | 171 trim. (génération 1970) | Oui |
Âge de début de carrièreSituation de Sylvie17 ans
Seuil de départSituation de Sylvie60 ans
Trimestres cotisés avant 18 ansSituation de Sylvie5
Durée d'assurance validéeSituation de Sylvie171 trim.
Sylvie peut donc liquider sa retraite dès 60 ans, soit 4 ans avant l'âge légal. Sans le dispositif carrière longue, elle devrait attendre 64 ans, ce qui représente jusqu'à 4 années de pension en moins ou une décote significative selon sa situation.
Conditions cumulatives et trimestres réputés cotisés
Trois conditions doivent être remplies simultanément pour bénéficier de la carrière longue :
- Avoir commencé à cotiser tôt : avant 16, 18, 20 ou 21 ans selon le seuil visé.
- Justifier des trimestres cotisés avant le seuil : au moins 5 trimestres (ou 4 pour les personnes nées au dernier trimestre de l'année).
- Avoir validé la durée d'assurance complète de votre génération : 172 trimestres pour les nés à partir de 1973.
Tous les trimestres ne se valent pas. À côté des trimestres réellement cotisés, certaines périodes assimilées sont réputées cotisées et comptent donc pour l'éligibilité :
- Chômage indemnisé : jusqu'à 4 trimestres maximum par an.
- Maternité : tous les trimestres liés sont retenus.
- Maladie et accident du travail / maladie professionnelle (AT-MP) : 4 trimestres maximum sur toute la carrière.
- Invalidité : 4 trimestres.
À l'inverse, les périodes assimilées non réputées cotisées (certaines périodes de chômage non indemnisé par exemple) comptent pour la durée d'assurance générale, mais pas pour vérifier l'éligibilité carrière longue. C'est une distinction essentielle qui peut faire basculer un dossier.
Bonne nouvelle pour les actifs qui hésitent à prolonger : carrière longue et surcote sont compatibles. Si vous êtes éligible à 60 ans mais que vous continuez à travailler jusqu'à 64 ans, vous gagnez une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire cotisé au-delà de la durée requise. Une stratégie intéressante si votre salaire actuel est nettement supérieur à celui de vos 25 meilleures années. En revanche, le dispositif ne se cumule pas avec les autres départs anticipés (pénibilité C2P, incapacité permanente, handicap) : c'est le plus favorable qui s'applique.
Démarches et optimisation de votre départ
Anticiper la procédure est indispensable, car les délais administratifs sont longs. Voici les étapes concrètes :
- Demander l'attestation de carrière longue sur lassuranceretraite.fr (espace personnel → « Demander mon attestation de situation au regard de la retraite anticipée »). Comptez un délai de 2 à 3 mois de traitement.
- Rassembler les justificatifs de votre premier emploi : bulletins de salaire d'origine, attestation d'embauche, contrat de travail, déclaration préalable à l'embauche (DPAE). Pour les apprentis et contrats jeunes, le contrat d'apprentissage suffit.
- Déposer la demande de retraite anticipée 4 à 6 mois avant la date de départ souhaitée. Vous devez avoir cessé toute activité salariée à la date de liquidation.
- Vérifier le dispositif le plus précoce : sur info-retraite.fr, comparez l'âge de départ possible parmi tous les dispositifs auxquels vous êtes éligible (carrière longue, pénibilité, etc.), puisqu'ils ne se cumulent pas.
Quelques leviers d'optimisation, indicatifs et à adapter selon votre profil : si vous n'avez pas les 5 trimestres avant le seuil mais que vous êtes né au dernier trimestre, l'exigence tombe à 4 trimestres, ce qui peut suffire. Si l'éligibilité n'est pas atteinte, deux options restent ouvertes : attendre l'âge légal de 64 ans, ou liquider à 67 ans pour bénéficier du taux plein automatique sans décote. Enfin, pensez à corriger toute erreur sur votre relevé de carrière (trimestre manquant, période d'apprentissage non reportée) le plus tôt possible : une régularisation peut, à elle seule, débloquer un départ anticipé.