Partir à la retraite avant l'âge légal de droit commun (64 ans depuis la réforme 2023) est possible pour les assurés dont l'état de santé ne leur permet plus de travailler. Mais les dispositifs sont multiples et souvent confondus : inaptitude au travail, pension d'invalidité, incapacité permanente suite à maladie professionnelle. Chaque voie a ses conditions d'accès, son âge minimal et ses conséquences sur le montant de la pension. Voici le point complet 2026.
1. Retraite anticipée pour inaptitude au travail (régime général)
C'est le dispositif le plus courant. Un assuré reconnu inapte au travail peut partir à la retraite dès 62 ans — soit deux ans avant l'âge légal de droit commun — et ce, sans condition de durée d'assurance. Autrement dit, même si vous n'avez pas le nombre de trimestres requis pour le taux plein, vous bénéficiez automatiquement d'une pension calculée au taux plein de 50 % sur votre salaire annuel moyen, sans décote.
Comment faire reconnaître l'inaptitude ?
- Constituer un dossier médical complet : comptes-rendus de spécialistes, examens récents, certificat du médecin traitant.
- Déposer la demande de retraite pour inaptitude auprès de votre CARSAT (ou CNAV en Île-de-France), idéalement 4 à 6 mois avant la date souhaitée.
- Le médecin-conseil de la caisse examine le dossier et rend son avis.
- En cas de refus, un recours est possible devant le tribunal judiciaire dans un délai de 2 mois.
2. Retraite anticipée pour pension d'invalidité (catégorie 2 ou 3)
Les assurés bénéficiant d'une pension d'invalidité de catégorie 2 (incapacité totale à exercer une profession) ou de catégorie 3 (incapacité totale avec nécessité d'assistance d'une tierce personne) bénéficient d'une dérogation supplémentaire : ils peuvent demander leur retraite dès 60 ans.
Si aucune demande n'est formulée avant, la pension d'invalidité se transforme automatiquement en pension de retraite à 62 ans. La pension est alors calculée sur les droits acquis, avec le taux plein garanti. Important : avant 62 ans, la pension d'invalidité est souvent plus avantageuse que la retraite anticipée — comparez les montants avant de demander la conversion.
3. Retraite anticipée pour maladie professionnelle (incapacité permanente)
Une maladie professionnelle reconnue (tableau MP) ayant entraîné une incapacité permanente (IP) ouvre droit à un départ anticipé à la retraite à 60 ans, sans décote.
Taux IP requis
- IP ≥ 20 % : départ à 60 ans de plein droit, sans condition complémentaire.
- IP entre 10 % et 19 % : départ à 60 ans possible sous conditions — durée minimale d'exposition au risque et reconnaissance médicale que la maladie professionnelle est directement liée à cette incapacité.
La pension de retraite est calculée normalement, sur la base du salaire annuel moyen des 25 meilleures années, avec le taux plein garanti. La rente AT/MP (accident du travail / maladie professionnelle) versée par la CPAM reste cumulable avec la pension de retraite, sans plafonnement spécifique.
4. Arrêt maladie longue durée et droits retraite
Même sans dispositif d'anticipation, un arrêt maladie de longue durée préserve vos droits à la retraite grâce aux trimestres assimilés.
Comment fonctionnent les trimestres assimilés ?
- Chaque période de 60 jours consécutifs d'indemnisation par la Sécurité sociale (IJ maladie) valide 1 trimestre assimilé.
- Maximum 4 trimestres assimilés validés par année civile.
- Ces trimestres comptent dans le calcul de la durée d'assurance (condition pour le taux plein) mais pas dans le salaire annuel moyen (seules les périodes cotisées entrent dans la moyenne des 25 meilleures années).
- En cas d'affection longue durée (ALD), le mécanisme est identique : ce sont les indemnités journalières qui ouvrent les trimestres, pas le diagnostic lui-même.
5. Tableau comparatif des dispositifs 2026
| Dispositif | Âge minimal | Condition principale | Taux plein garanti | Cumulable rente |
|---|---|---|---|---|
| Inaptitude au travail | 62 ans | Reconnaissance médecin-conseil CNAV | Oui | Non applicable |
| Invalidité catégorie 2 ou 3 | 60 ans | Pension d'invalidité cat. 2 ou 3 en cours | Oui | Non (conversion) |
| Maladie professionnelle IP ≥ 20 % | 60 ans | Taux IP ≥ 20 % reconnu par CPAM | Oui | Oui (rente AT/MP) |
| Maladie professionnelle IP 10-19 % | 60 ans | IP 10-19 % + conditions d'exposition | Oui | Oui (rente AT/MP) |
| Arrêt maladie longue durée | Âge légal normal | IJ maladie ≥ 60 jours consécutifs | Selon trimestres totaux | Non applicable |
6. Démarches pratiques : par où commencer ?
- Identifiez votre situation : êtes-vous en arrêt maladie, titulaire d'une pension d'invalidité, ou victime d'une maladie professionnelle reconnue ? Chaque voie a un interlocuteur différent.
- Contactez votre CARSAT (ou CNAV) pour une simulation de droits et une information sur les conditions d'accès à l'anticipation.
- Rassemblez votre dossier médical complet avant tout rendez-vous avec le médecin-conseil.
- Simulez les montants des différentes options (pension d'invalidité maintenue jusqu'à 62 ans vs retraite anticipée à 60 ans) avant de prendre une décision irréversible.
- Déposez la demande 4 à 6 mois avant la date d'effet souhaitée.
Estimez le montant de votre retraite selon votre durée d'assurance, vos trimestres validés (y compris assimilés) et votre âge de départ.
7. Sources officielles et textes de référence
- CNAV / Assurance retraite : lassuranceretraite.fr — informations sur l'inaptitude et l'invalidité.
- CPAM / Ameli : ameli.fr — pension d'invalidité, rente AT/MP, taux IP.
- Service-public.fr : fiche "Retraite pour inaptitude au travail" et "Retraite anticipée pour maladie professionnelle".
- Code de la Sécurité sociale : articles L. 351-1-3 (inaptitude), L. 341-15 (conversion invalidité), L. 351-1-4 (AT/MP).