Réversion par régime : des taux et des règles différents
La pension de réversion est la part de la retraite du conjoint décédé reversée au conjoint survivant. En France, il n'existe pas une réversion mais plusieurs, gérées séparément par chaque régime auquel le défunt a cotisé. Le régime général (CNAV, géré par les Carsat) applique un taux de 54 % sur la retraite de base, mais sous condition de ressources. La complémentaire AGIRC-ARRCO du secteur privé reverse 60 % des points acquis, sans aucune condition de ressources. La fonction publique (SRE pour l'État, CNRACL pour les territoriaux et hospitaliers) reverse de son côté 50 % de la pension, dès 45 ans et sans plafond.
Concrètement, un même veuf ou une même veuve peut donc cumuler plusieurs réversions issues de régimes distincts, chacune calculée avec ses propres règles. Il faut additionner ces parts pour obtenir le total réellement perçu. C'est pourquoi un défunt ayant cotisé à la fois au régime général et à l'AGIRC-ARRCO (cas de l'immense majorité des salariés du privé) ouvre droit à deux réversions à demander en parallèle.
Taux et plafonds 2026 par régime
| Régime | Taux de réversion | Âge minimum | Condition de ressources |
|---|---|---|---|
| Régime général (CNAV) | 54 % | 55 ans | Oui — 24 232 €/an (seul) |
| AGIRC-ARRCO (privé) | 60 % | 55 ans | Non |
| Fonction publique (SRE/CNRACL) | 50 % | 45 ans | Non |
Régime général (CNAV)Taux de réversion54 %
AGIRC-ARRCO (privé)Taux de réversion60 %
Fonction publique (SRE/CNRACL)Taux de réversion50 %
Le plafond de ressources CNAV 2026 est de 24 232 €/an pour une personne seule et de 38 771 €/an pour un couple (× 1,6). Au-delà, la réversion du régime général est réduite à l'euro l'euro (écrêtement) ; AGIRC-ARRCO et fonction publique ne sont jamais concernés par ce plafond.
Exemple chiffré : un salarié du privé à 1 800 € de retraite
Prenons Madeleine, 68 ans, veuve d'un retraité du secteur privé qui percevait 1 800 €/mois au total : 1 200 € de retraite de base CNAV et 600 € de complémentaire AGIRC-ARRCO. Madeleine vit seule, sans revenu personnel. Voici le détail de sa réversion :
| Composante | Pension du défunt | Taux | Réversion |
|---|---|---|---|
| Régime général CNAV | 1 200 € | 54 % | 648 €/mois |
| AGIRC-ARRCO | 600 € | 60 % | 360 €/mois |
| Total | 1 800 € | — | 1 008 €/mois |
Régime général CNAVPension du défunt1 200 €
AGIRC-ARRCOPension du défunt600 €
TotalPension du défunt1 800 €
Pour la part CNAV, on vérifie le plafond de ressources : 648 × 12 = 7 776 €/an, soit bien en dessous de 24 232 €. Aucun écrêtement n'est appliqué. Madeleine touche donc 1 008 €/mois, soit environ 56 % de la pension totale de son mari. Ce ratio supérieur à 54 % s'explique par le taux AGIRC-ARRCO plus généreux (60 %).
Conditions d'éligibilité et pièges à connaître
Les conditions d'accès diffèrent d'un régime à l'autre, et plusieurs idées reçues circulent. Les points clés à retenir :
- Mariage obligatoire : seul le conjoint marié ouvre droit à la réversion. Le PACS et le concubinage n'ouvrent aucun droit, ni au régime général ni à l'AGIRC-ARRCO dans le secteur privé. C'est l'erreur la plus fréquente.
- Âge minimum : 55 ans pour la CNAV et l'AGIRC-ARRCO ; 45 ans pour la fonction publique (ou plus tôt sous conditions familiales).
- Plafond de ressources : uniquement pour le régime général (24 232 €/an seul, 38 771 €/an en couple). AGIRC-ARRCO et fonction publique versent sans condition de ressources.
- Remariage : pour le régime général, le remariage n'a plus d'incidence depuis le 1er juillet 2009. Pour AGIRC-ARRCO, le remariage supprime définitivement la réversion. Pour la fonction publique, suppression définitive en cas de remariage, PACS ou concubinage notoire.
- Partage entre ex-conjoints : si le défunt a été marié plusieurs fois, la réversion est partagée au prorata de la durée de chaque mariage entre conjoint et ex-conjoints (non remariés dans le privé). Cette règle s'applique aux trois régimes : une réversion peut être réduite si un ex-conjoint fait valoir ses droits.
Ces différences expliquent pourquoi deux veuves dont les maris percevaient la même retraite peuvent toucher des montants très différents : l'une remariée perd sa part AGIRC-ARRCO, l'autre seule la conserve intégralement.
Demande de réversion : démarches et délais
La réversion n'est jamais versée automatiquement : elle doit toujours être demandée par le conjoint survivant. La marche à suivre :
- Rassembler les pièces : acte de décès, livret de famille, justificatifs de ressources des trois derniers mois et de l'année précédente, et le cas échéant les jugements de divorce.
- Faire la demande unique en ligne sur info-retraite.fr via FranceConnect. Ce formulaire unique couvre automatiquement la CNAV, l'AGIRC-ARRCO et les autres régimes auxquels le défunt a cotisé — inutile de multiplier les démarches.
- À défaut, déposer une demande séparée auprès de la CNAV (votre Carsat), de l'AGIRC-ARRCO et des régimes spéciaux concernés.
- Patienter pendant l'instruction : comptez 2 à 6 mois selon les régimes.
- Vérifier la rétroactivité : le versement est rétroactif à la date du décès si la demande est déposée dans les 12 mois. Au-delà, la réversion ne court qu'à partir du premier jour du mois suivant la demande — d'où l'intérêt de ne pas tarder.
En cas de difficulté, le point d'accueil retraite de votre Carsat ou un point France Services peut vous accompagner gratuitement dans la constitution du dossier.