Le régime de retraite des indépendants en 2026
Depuis le 1er janvier 2018, le Régime Social des Indépendants (RSI) a été supprimé et intégré au régime général au sein de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Les indépendants sont désormais affiliés aux caisses du régime général (CPAM pour la santé, CARSAT pour la retraite), mais conservent un régime de retraite spécifique, distinct de celui des salariés.
Trois grandes catégories de Travailleurs Non Salariés (TNS) existent, chacune avec ses spécificités :
| Catégorie | Statuts concernés | Caisse retraite |
|---|---|---|
| Artisans, commerçants | EI, EURL, gérants majoritaires SARL, micro-entrepreneur | CNAV (régime général) + RCI (complémentaire) |
| Professions libérales réglementées | Avocats, médecins, architectes, experts-comptables | CNAVPL (10 sections : CNBF, CARMF, CIPAV...) |
| Exploitants agricoles | Agriculteurs, viticulteurs, éleveurs | MSA |
Le calcul de la pension et la validation des trimestres suivent des règles propres à chaque catégorie, mais le principe général reste celui du régime général : 172 trimestres requis pour le taux plein (génération 1965+), avec un âge légal de 64 ans (génération 1968+).
Validation des trimestres : la spécificité TNS
Pour les indépendants au régime classique (BIC ou BNC), la validation des trimestres dépend du revenu net professionnel annuel, et non du chiffre d'affaires. Le seuil pour valider 1 trimestre en 2026 est de :
| Activité | Revenu net pour 1 trimestre | Revenu net pour 4 trimestres |
|---|---|---|
| BIC vente (commerce) | 2 622 € | 10 488 € |
| BIC services | 1 510 € | 6 040 € |
| BNC professions libérales | 1 510 € | 6 040 € |
| Exploitants agricoles | 1 510 € | 6 040 € |
Pour les micro-entrepreneurs, le calcul s'effectue sur le chiffre d'affaires après application d'un abattement forfaitaire :
| Activité micro | Abattement | CA pour 4 trimestres |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC vente) | 71 % | 23 871 € |
| Prestations de services BIC | 50 % | 12 080 € |
| Prestations de services BNC libérales | 34 % | 9 152 € |
Calcul de la pension de base : SAM × taux × prorata
La pension de base des indépendants se calcule selon une formule similaire à celle du régime général : SAM × taux × (trimestres cotisés / trimestres requis).
- SAM (Salaire Annuel Moyen) : moyenne des 25 meilleures années de revenus, revalorisées
- Taux : 50 % au taux plein, avec décote de 1,25 % par trimestre manquant (max 25 %)
- Prorata : ratio entre les trimestres acquis et les trimestres requis pour le taux plein (172)
Exemple : un artisan ayant 170 trimestres validés (sur 172 requis), un SAM de 24 000 €, ne bénéficie pas du taux plein (-2 trimestres = -2,5 % de décote, soit taux 48,75 %). Pension = 24 000 × 48,75 % × (170/172) = 11 561 € par an, soit 963 € par mois. À comparer à un salarié à revenu équivalent : ~ 12 000 € / an, soit un écart faible sur la base.
Toutefois, la retraite complémentaire fait la différence majeure : un salarié bénéficie d'AGIRC-ARRCO (cotisations élevées), tandis que les artisans/commerçants ont la RCI (Retraite Complémentaire des Indépendants), aux cotisations beaucoup plus faibles. Pour les professions libérales, les régimes complémentaires varient selon la section CNAVPL et restent moins généreux que l'AGIRC-ARRCO.
Calculez votre future pension du régime général selon votre SAM, vos trimestres et votre âge de départ.
La retraite complémentaire des TNS
Chaque catégorie d'indépendants dispose d'une caisse complémentaire spécifique, organisée en points :
| Catégorie | Caisse complémentaire | Valeur point 2026 (indicative) |
|---|---|---|
| Artisans, commerçants | RCI | 1,28 € |
| Avocats | CNBF | ~ 4,50 € |
| Médecins | CARMF (ASV + complémentaire) | ~ 13 € |
| Architectes, ingénieurs | CIPAV | ~ 2,80 € |
| Pharmaciens | CAVP | ~ 4 € |
| Experts-comptables | CAVEC | ~ 5,50 € |
Le mécanisme est similaire à l'AGIRC-ARRCO : cotisations → points cumulés → pension = points × valeur du point. Mais les taux de cotisation des indépendants sont souvent plus bas, ce qui explique des pensions complémentaires plus modestes. Pour un commerçant ayant cotisé 40 ans à des revenus moyens, la complémentaire RCI dépasse rarement 200-300 € par mois.
Les professions libérales bénéficient de régimes mieux dotés (CARMF, CAVP), mais à cotisations beaucoup plus élevées. Un médecin libéral cotise environ 9 % à 10 % de ses revenus pour sa retraite, soit deux fois plus qu'un artisan.
Le PER, levier indispensable pour les indépendants
Compte tenu de la pension modeste générée par les régimes obligatoires, le Plan d'Épargne Retraite (PER) individuel est indispensable pour tout TNS souhaitant maintenir son niveau de vie à la retraite.
Les versements sur un PER individuel sont déductibles du revenu professionnel dans la limite la plus avantageuse entre :
- 10 % du bénéfice professionnel (dans la limite de 8 PASS, soit environ 37 094 € en 2026), plus 15 % de la fraction du bénéfice entre 1 et 8 PASS
- Ou 10 % du PASS (4 637 € en 2026), si plus avantageux
Pour un TNS avec un bénéfice de 60 000 €, le plafond de déduction PER atteint environ 14 600 €. Versé à 30 % de TMI, l'économie d'impôt immédiate est de 4 380 €, soit un effort réel de 10 220 € pour épargner 14 600 €.
Stratégies pour booster sa retraite TNS
Au-delà du PER, plusieurs stratégies permettent de compenser la faiblesse des régimes obligatoires :
- Optimiser le statut juridique : passer en EURL à l'IS plutôt qu'EI peut permettre une rémunération mixte (salaire + dividendes) optimisant les cotisations. La SASU (régime assimilé salarié) cotise au régime général + AGIRC-ARRCO, retraite plus généreuse mais cotisations plus lourdes.
- Cotisations volontaires : possibilité de cotiser sur une base supérieure au revenu réel pour valider plus de trimestres et améliorer le SAM. Démarche à faire auprès de la CARSAT.
- Rachat de trimestres (Madelin) : pour les années d'études supérieures justifiées par un diplôme, jusqu'à 12 trimestres rachetables. Coût élevé mais déductible des bénéfices.
- Diversifier l'épargne : combiner PER (avantage fiscal à l'entrée), assurance-vie (flexible), PEA (plus-values capitalisées), immobilier locatif (cash-flow + plus-value long terme).
- Maintenir une activité en cumul emploi-retraite : un TNS retraité peut continuer son activité (avec ou sans cotisations supplémentaires selon les cas).
Le rachat de trimestres : levier puissant pour TNS
Le rachat de trimestres est particulièrement intéressant pour les TNS car il combine amélioration de la pension et économie d'impôt. Deux types de rachat :
- Rachat Madelin (études supérieures) : jusqu'à 12 trimestres au titre des années d'études validées par un diplôme reconnu. Conditions : justifier des dates d'études et du diplôme.
- Rachat « années incomplètes » : trimestres manquants pour les années où vous avez cotisé moins que les seuils requis. Pour les indépendants ayant connu des années difficiles.
Le coût du rachat dépend de l'âge au moment du rachat (plus on est jeune, moins c'est cher), du revenu (calculé sur la moyenne des 3 dernières années), et de l'option choisie : « taux seul » (moins cher, n'augmente que le taux) ou « taux + durée » (plus cher, augmente aussi la durée d'assurance).
| Âge au rachat | Coût indicatif (1 trim, option taux+durée) | Économie d'impôt à TMI 30 % |
|---|---|---|
| 40 ans, revenu 50 000 € | ~ 2 500 € | ~ 750 € |
| 50 ans, revenu 50 000 € | ~ 4 200 € | ~ 1 260 € |
| 60 ans, revenu 50 000 € | ~ 5 800 € | ~ 1 740 € |
Estimez le coût d'un rachat selon votre âge, vos revenus et l'impact sur votre pension future.
Cas pratique : un artisan de 60 ans
Jean, artisan plombier indépendant, 60 ans, a cotisé 160 trimestres (sur 172 requis). Son revenu moyen sur les 25 meilleures années est de 22 000 €. À 64 ans (âge légal), il aura validé 16 trimestres supplémentaires (jusqu'à 176 trimestres, soit le taux plein).
Simulation de pension à 64 ans :
- Régime général : 22 000 × 50 % × (172/172) = 11 000 € / an
- RCI complémentaire : ~ 2 400 € / an (en fonction des points cumulés)
- Total brut : 13 400 € / an, soit ~ 1 117 € / mois
- Si PER de 50 000 € capitalisé sur 15 ans : ~ 200 € / mois supplémentaire en rente
Sans PER ni épargne complémentaire, Jean tomberait à moins de 60 % de son revenu d'activité. Avec un PER soutenu et une assurance-vie, il peut maintenir 75-80 % de son niveau de vie.