En France, plus de 700 000 personnes touchent une pension de réversion chaque année — pourtant, les règles varient du simple au triple selon les régimes. En 2026, aucune grande loi de réforme n'a été votée, mais des évolutions concrètes impactent des centaines de milliers de conjoints survivants. Ce guide fait le point sur ce qui a changé, ce qui reste, et comment optimiser votre dossier.
Hélène, 67 ans, vient de perdre son mari retraité. Celui-ci percevait 1 800 €/mois : 1 100 € du régime général et 700 € de l'AGIRC-ARRCO. Hélène a ses propres revenus (1 600 €/mois de sa propre retraite). Que peut-elle espérer ? Réponse à la fin de ce guide — les chiffres changent selon le régime et ses ressources.
État des lieux 2026 : qu'est-ce qui a réellement changé ?
La réforme Borne de 2023, qui a repoussé l'âge légal de départ à 64 ans, n'a pas touché aux règles de la réversion. Mais plusieurs évolutions concrètes méritent l'attention des conjoints survivants en 2026.
Revalorisation automatique des pensions
Les pensions de réversion sont revalorisées chaque année au 1er janvier, en même temps que les retraites de base. En 2026, cette revalorisation suit l'indice des prix à la consommation (hors tabac). Le montant perçu augmente donc automatiquement, sans démarche de la part du bénéficiaire.
Plafond de ressources 2026 : 24 232 €/an
Le plafond de ressources du régime général (CNAV), qui conditionne l'attribution et le montant de la réversion, s'établit à 24 232 € par an (soit environ 2 019 €/mois) pour une personne seule en 2026. Il est réévalué chaque année. Au-delà de ce seuil, la pension est réduite ou supprimée proportionnellement.
Ce plafond ne concerne que le régime général : l'AGIRC-ARRCO n'en applique aucun. Un conjoint survivant avec des revenus élevés peut ainsi percevoir la réversion complémentaire même si la réversion de base lui est refusée ou réduite.
Demande unique en ligne : une simplification majeure depuis 2023
Depuis 2023, il est possible de déposer une demande unique sur info-retraite.fr pour saisir simultanément tous les régimes de base. Fini les dossiers multiples à envoyer à chaque caisse séparément. La démarche est entièrement dématérialisée. Seule exception : l'AGIRC-ARRCO et les régimes de la fonction publique nécessitent encore une démarche séparée.
Tableau récapitulatif des règles par régime (2026)
| Régime | Taux | Âge minimum | Condition mariage | Condition ressources |
|---|---|---|---|---|
| CNAV (régime général) | 54 % | 55 ans | Oui, aucune durée minimale | Oui : 24 232 €/an |
| AGIRC-ARRCO (complémentaire) | 60 % | 55 ans | Oui, aucune durée minimale | Non |
| Fonction publique (CNRACL/SRE) | 50 % | Aucun | Oui : 4 ans ou enfant commun | Non |
| MSA (salariés agricoles) | 54 % | 55 ans | Oui | Oui (mêmes règles que CNAV) |
CNAV (régime général)Taux54 %
AGIRC-ARRCO (complémentaire)Taux60 %
Fonction publique (CNRACL/SRE)Taux50 %
MSA (salariés agricoles)Taux54 %
L'exemple d'Hélène : ce qu'elle va réellement percevoir
Son mari percevait 1 100 € du régime général et 700 € de l'AGIRC-ARRCO.
- AGIRC-ARRCO : 60 % × 700 € = 420 €/mois, versés sans condition de ressources ni d'âge (elle a 67 ans, c'est bon).
- Régime général : 54 % × 1 100 € = 594 €/mois en théorie, mais le plafond de ressources s'applique. Hélène gagne déjà 1 600 €/mois — elle dépasse le plafond de 2 019 €/mois une fois la réversion incluse (1 600 + 594 = 2 194 €). Sa réversion du RG sera donc réduite ou supprimée selon le calcul CNAV.
Résultat : Hélène percevra surtout les 420 € de l'AGIRC-ARRCO, et une réversion RG partielle ou nulle. La condition de ressources du régime général est souvent le point de blocage pour les conjoints qui ont bien travaillé.
L'impact de la réforme 2023 (âge à 64 ans) sur la réversion
C'est l'effet indirect le moins connu de la réforme Borne. En repoussant l'âge légal à 64 ans et en allongeant la durée de cotisation requise, la réforme augmente la probabilité qu'un assuré décède avant d'avoir liquidé sa retraite.
- L'allongement de la durée de cotisation (43 ans pour les générations 1965+) retarde le départ à la retraite
- Plus d'actifs décèdent entre 60 et 64 ans sans avoir liquidé, notamment en cas de maladie grave
- La pension théorique est recalculée sur la base des droits acquis au décès
- Un bilan de retraite préventif avant 60 ans permet d'anticiper ce risque
Démarches : comment constituer votre dossier en 2026
Étape 1 — Régimes de base (CNAV, MSA, régimes spéciaux)
Déposez votre demande sur info-retraite.fr (espace « Ma retraite »). Pièces nécessaires :
- Acte de décès du conjoint
- Acte de mariage
- Relevé de carrière du défunt (accessible sur info-retraite.fr)
- Justificatifs de vos propres revenus (avis d'imposition N-1)
- RIB
Délai moyen de traitement : 2 à 4 mois. La pension est versée à partir du premier jour du mois suivant la demande (ou du 55e anniversaire si vous n'avez pas encore cet âge).
Étape 2 — AGIRC-ARRCO (démarche séparée)
Contactez votre caisse complémentaire (Malakoff Humanis, AG2R La Mondiale, Apicil…) ou rendez-vous sur agirc-arrco.fr. Le calcul des points du conjoint décédé est automatique si vous fournissez l'acte de décès et le numéro de sécurité sociale du défunt.
Étape 3 — Fonction publique (SRE ou CNRACL)
- Fonctionnaire d'État : dossier à déposer auprès du Service des Retraites de l'État (SRE), via l'espace numérique ensap.gouv.fr.
- Fonctionnaire territorial ou hospitalier : dossier auprès de la CNRACL.
Ce que demandent les associations : les pistes de réforme débattues
Plusieurs associations portent depuis des années des revendications de réforme. Voici les principales pistes débattues au Parlement, sans garantie d'aboutissement.
- Ouvrir la réversion aux pacsés et concubins — débat depuis 2004, toujours bloqué par les divergences politiques
- Harmoniser les taux — actuellement 54 % (CNAV), 60 % (AGIRC-ARRCO), 50 % (fonctionnaires). Une harmonisation à 60-70 % est évoquée
- Supprimer le plafond de ressources du régime général — jugé injuste car il pénalise les conjoints qui ont bien travaillé
- Aligner l'âge minimum — actuellement 55 ans au régime général, aucun âge minimum pour les fonctionnaires
- Mieux protéger les aidants familiaux — dont les trimestres de cotisation sont souvent insuffisants
Anticiper : que faire maintenant avant une éventuelle réforme ?
- Se marier si en union libre ou pacsé — c'est le seul moyen d'ouvrir le droit à la réversion tous régimes confondus
- Vérifier ses droits sur info-retraite.fr — le relevé de situation individuelle (RIS) indique les trimestres validés dans chaque régime
- Faire un bilan de retraite avant 60 ans, notamment si l'un des conjoints a des carrières courtes
- Rédiger ou mettre à jour son testament en lien avec la clause bénéficiaire de l'assurance-vie pour optimiser la transmission
Ce qui ne change pas : les fondamentaux à retenir
- La condition de mariage reste obligatoire dans tous les régimes — le PACS et l'union libre n'ouvrent aucun droit
- L'âge minimum de 55 ans s'applique au régime général et à l'AGIRC-ARRCO (sauf conjoint invalide)
- Il n'existe pas de durée minimale de mariage au régime général — même un mariage de quelques mois ouvre le droit (fonctionnaires : 4 ans ou enfant commun)
- La réversion est versée à vie, sauf remariage au régime général
- Les pensions de réversion sont soumises à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux (CSG/CRDS)
Estimez le montant de la réversion auquel vous avez droit (ou que votre conjoint percevrait) selon les règles 2026 du régime général et de l'AGIRC-ARRCO.