Le régime de l'impatrié : présentation générale

L'article 155 B du Code Général des Impôts prévoit un régime fiscal de faveur pour les personnes qui viennent s'installer en France pour y travailler, après avoir résidé à l'étranger. Objectif : rendre la France plus attractive pour les cadres et dirigeants internationaux.

Concrètement, le régime offre deux avantages majeurs pendant 8 ans :

  1. Une exonération partielle de la prime d'impatriation (fraction du salaire liée au déplacement en France)
  2. Une exonération partielle des revenus de source étrangère

Conditions d'éligibilité

Conditions sur la résidence antérieure

Pour bénéficier du régime, vous devez :

  • Ne pas avoir été résident fiscal français au cours des 5 années civiles précédant votre prise de fonctions en France
  • Avoir été domicilié hors de France (au sens fiscal) pendant ces 5 années
  • Prendre votre domicile fiscal en France à compter de votre prise de fonctions
⚠️ Attention à la résidence fiscaleLa résidence fiscale française se détermine selon plusieurs critères : foyer, lieu de séjour principal, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques. Même si vous étiez à l'étranger, vous pouvez avoir conservé une résidence fiscale en France (famille restée en France, appartement non loué, revenus fonciers français…). Faites vérifier votre situation par un conseil fiscal.

Conditions sur la situation professionnelle

Le régime s'applique aux salariés :

  • Recrutés directement depuis l'étranger par une entreprise établie en France
  • Mis à disposition en France par une entreprise étrangère liée à l'entreprise française (détachement intragroupe)
  • Recrutés depuis l'étranger par une entreprise française (le contrat est signé hors de France)

Il peut également s'appliquer aux travailleurs indépendants et aux dirigeants de sociétés sous conditions spécifiques.

Avantage n°1 : La prime d'impatriation exonérée

Méthode 1 : 30% du salaire exonéré (option par défaut)

En l'absence d'identification précise de la prime d'impatriation dans le contrat de travail, ou par choix, l'impatrié peut opter pour une exonération forfaitaire de 30% de sa rémunération nette imposable. C'est l'option la plus simple.

Exemple :

Rémunération brute120 000 €
Part imposable (70%)84 000 €
Part exonérée (30%)36 000 €
Économie fiscale (TMI 41%)~14 760 €

Méthode 2 : Frais réels (option alternative)

Si la prime d'impatriation réelle est supérieure à 30% du salaire, vous pouvez opter pour les frais réels effectivement supportés, à condition de les justifier. Les dépenses éligibles comprennent :

  • Frais de déménagement international
  • Supplément de loyer par rapport à ce que vous payiez à l'étranger
  • Frais de scolarité dans un établissement international
  • Frais de double résidence pendant la transition
  • Voyages aller-retour vers le pays d'origine
💡 Quelle option choisir ?En pratique, la règle des 30% est avantageuse si votre prime contractuelle est inférieure à 30% du salaire. Les frais réels sont intéressants pour les expatriés ayant une famille nombreuse (scolarité internationale coûteuse) ou logeant dans des villes très chères. Le choix est annuel et irrévocable pour l'année concernée.
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Avantage n°2 : 50% des revenus de source étrangère exonérés

Le régime de l'impatrié exonère également à hauteur de 50% les revenus de source étrangère perçus en contrepartie de l'activité exercée à l'étranger pour le compte de l'employeur français. Sont concernés :

  • Salaires pour des missions effectuées hors de France dans le cadre du même emploi
  • Intérêts et dividendes de source étrangère perçus pendant la période
📌 PlafonnementL'exonération des revenus de source étrangère est plafonnée : la fraction exonérée ne peut pas dépasser 50% de la rémunération totale. Ce plafond empêche les montages où la quasi-totalité du salaire serait réqualifiée en revenus de source étrangère.
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Démarches pratiques

Établir sa résidence fiscale en France

Dès votre arrivée, plusieurs démarches sont nécessaires pour établir votre résidence fiscale française :

  1. Louer ou acquérir un logement en France (justificatif de domicile)
  2. Informer votre employeur de votre éligibilité au régime de l'impatrié (il devra adapter vos bulletins de salaire)
  3. Préparer une déclaration d'arrivée si vous venez de l'étranger (première déclaration d'impôts)

La première déclaration de revenus

Votre première déclaration devra inclure :

  • Formulaire 2042 : revenus français de l'année (à partir de votre date d'arrivée)
  • Formulaire 2047 : revenus de source étrangère perçus avant votre arrivée + revenus étrangers exonérés à 50%
  • Indication de la fraction exonérée au titre de la prime d'impatriation

Ce que doit mentionner votre contrat de travail

Pour sécuriser le régime, votre contrat ou avenant devrait idéalement mentionner explicitement :

  • La prime d'impatriation et son montant (en valeur ou en pourcentage)
  • Le fait que vous êtes recruté depuis l'étranger
  • La date de prise de fonctions en France

Durée et cessation du régime

ÉvénementEffet
Départ de France avant 8 ansFin du régime (avantages acquis conservés)
Licenciement suivi de remployment en FranceFin du régime
Changement d'employeur avec recrutement depuis l'étrangerPas de renouvellement (durée globale = 8 ans)
Passage de salarié à indépendantPossible si conditions maintenues
8 ans écoulésFin du régime, imposition normale

Comparaison avec les régimes étrangers

La France n'est pas la seule à proposer des avantages pour attirer les impatriés. À titre de comparaison :

PaysDuréeAvantage
France (article 155 B CGI)8 ans30% exonéré ou frais réels
Pays-Bas (30% ruling)5 ans30% exonéré
Belgique5 ansExonération frais réels + forfait
Portugal (RNH)10 ans20% IR fixe (modifié 2024)
Italie5 ans (extensible 10 ans)50 à 90% exonéré

Le régime français est compétitif, notamment grâce à sa durée de 8 ans et sa combinaison avec la convention collective et les droits sociaux français.

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