Régime social et IS : comment se comparent SASU et EURL
Le choix entre SASU et EURL est l'une des décisions les plus importantes pour un entrepreneur qui se lance ou restructure son activité. Ces deux formes juridiques permettent d'exercer seul avec une responsabilité limitée, mais elles diffèrent fondamentalement sur le régime social du dirigeant, le niveau de charges sociales et l'accès à l'assurance chômage.
En 2026, la SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) place son président sous le régime des assimilés-salariés : il verse des cotisations patronales (~28,4 % du brut) et salariales (~22,4 % du brut), soit un coût social total d'environ 50,8 % du salaire brut. En contrepartie, il bénéficie d'une protection complète (maladie, retraite de base et complémentaire AGIRC-ARRCO, prévoyance), mais sans droit à l'ARE (allocation de retour à l'emploi, l'allocation chômage versée par France Travail) chômage en cas de révocation. À l'inverse, le gérant majoritaire d'EURL relève du régime TNS (Travailleur Non Salarié) : ses cotisations URSSAF représentent environ 45 % de sa rémunération nette, sa couverture est légèrement réduite sur la retraite complémentaire, mais il peut accéder à l'ARE sous conditions (fin de mandat involontaire).
Les deux structures peuvent opter pour l'impôt sur les sociétés (IS) : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (taux réduit PME, sous conditions), puis 25 % au-delà (taux 2026, art. 219-I CGI). En limitant votre rémunération, le bénéfice reste dans la société et ne subit que l'IS, souvent inférieur à votre TMI (tranche marginale d'imposition, le taux d'impôt sur la dernière tranche de vos revenus) personnel ; il peut ensuite être distribué en dividendes (flat tax 30 % ou barème IR).
Chiffres-clés 2026 du régime dirigeant
| Critère | SASU (président) | EURL (gérant majoritaire) |
|---|---|---|
| Régime social | Assimilé-salarié | TNS |
| Cotisations patronales | ~28,4 % du brut | — |
| Cotisations salariales | ~22,4 % du brut | — |
| Coût social total | ~50,8 % du brut | ~45 % du net |
| Accès ARE chômage | Non | Oui (sous conditions) |
| IS taux réduit / normal | 15 % / 25 % | 15 % / 25 % |
Régime socialSASU (président)Assimilé-salarié
Cotisations patronalesSASU (président)~28,4 % du brut
Cotisations salarialesSASU (président)~22,4 % du brut
Coût social totalSASU (président)~50,8 % du brut
Accès ARE chômageSASU (président)Non
IS taux réduit / normalSASU (président)15 % / 25 %
Exemple chiffré : le net en poche de Julien
Julien lance seul une activité de conseil et hésite entre les deux statuts. Il prévoit de se verser une rémunération brute annuelle de 40 000 € et compare le coût pour sa société selon le statut retenu.
| Poste | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Rémunération brute / revenu | 40 000 € | 40 000 € |
| Cotisations sociales | ~50,8 % du brut | ~45 % du net |
| Coût total pour la société | ~51 360 € | ~40 000 € |
| Différentiel coût entreprise | +28 % | référence |
Rémunération brute / revenuSASU40 000 €
Cotisations socialesSASU~50,8 % du brut
Coût total pour la sociétéSASU~51 360 €
Différentiel coût entrepriseSASU+28 %
À rémunération équivalente, la SASU coûte environ 28 % plus cher à la société car elle supporte les cotisations patronales : ~51 360 € de coût total contre ~40 000 € en EURL, où le gérant TNS paie ses cotisations sur son revenu net. Pour une entreprise à marges faibles, ce différentiel est souvent décisif. En contrepartie, Julien obtiendrait en SASU une meilleure retraite complémentaire et une couverture prévoyance plus solide.
Points clés du choix entre SASU et EURL
Avant de trancher, pesez les avantages propres à chaque statut au regard de votre projet :
- Choisissez la SASU si vous prévoyez d'embaucher, cherchez une protection sociale maximale (retraite AGIRC-ARRCO, prévoyance), envisagez une levée de fonds ou une cession rapide.
- La SASU est aussi pertinente si votre CA est élevé et que vous vous versez peu de salaire : les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales (contrairement à l'EURL).
- Choisissez l'EURL si votre CA est modéré (< 80 000 €), que vous êtes sensible aux charges sociales immédiates (~45 % du net vs ~50,8 % du brut), ou que vous valorisez l'accès à l'ARE.
- En EURL, les dividendes versés au-delà de 10 % du capital social (capital + primes + compte courant) sont soumis aux cotisations sociales TNS : un frein à l'optimisation par dividendes.
- Côté retraite, l'assimilé-salarié SASU accumule des droits généralement plus élevés ; sur 20 ans, l'écart de pension peut atteindre plusieurs centaines d'euros par mois.
Démarches et optimisation
Pour choisir et, le cas échéant, faire évoluer votre statut :
- Estimez votre rémunération cible et votre CA : sous ~80 000 € de CA avec faible rémunération, l'EURL TNS donne souvent un net légèrement supérieur ; au-delà, la SASU sécurise vos droits.
- Arbitrez salaire et dividendes : limiter le salaire laisse le bénéfice dans la société, taxé à l'IS 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %, avant distribution en dividendes (flat tax 30 % ou barème IR).
- Vérifiez les conditions du taux réduit d'IS : capital entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques pour bénéficier des 15 %.
- Anticipez la prévoyance si vous optez pour le TNS : la couverture de base étant plus légère, prévoyez un contrat complémentaire (souvent déductible).
- Pour transformer une EURL en SASU (ou l'inverse) : modification des statuts, dépôt au greffe et publication dans un journal d'annonces légales. Comptez environ 500 à 1 500 € de frais selon le prestataire ; l'opération peut être fiscalement neutre si elle est bien structurée.
L'EURL reste plus simple à gérer comptablement au démarrage, tandis que la SASU offre davantage de flexibilité pour ouvrir le capital ou structurer une croissance rapide.