Salaire ou dividendes : les deux leviers du président
En SASU, le président ne touche pas un revenu unique : il arbitre entre deux canaux distincts. Le salaire est déductible du résultat imposable à l'IS, mais il déclenche des charges sociales lourdes — environ 42 % de charges patronales qui s'ajoutent au brut, puis environ 23 % de charges salariales qui réduisent le net. En contrepartie, il ouvre des droits : retraite de base (CNAV) et complémentaire (AGIRC-ARRCO), assurance maladie et indemnités journalières du régime général. Les dividendes, eux, ne sont pas déductibles de l'IS : ils sont prélevés sur le bénéfice net après impôt société. Mais ils échappent totalement aux cotisations sociales et ne supportent que la flat tax de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Cette dualité explique pourquoi il n'existe pas de réponse universelle. Un salaire élevé sécurise la protection sociale et la retraite future, au prix d'un coût total société de l'ordre de 50 à 55 % du brut. Des dividendes élevés permettent de sortir l'argent avec moins de prélèvements, mais sans générer le moindre droit social. L'optimum se construit donc en fonction de votre tranche marginale d'imposition (TMI), de vos besoins de couverture et de votre horizon patrimonial.
Les deux barèmes qui structurent le calcul
| Flux | Prélèvement applicable | Taux |
|---|---|---|
| Bénéfice SASU (IS, PME éligible) | jusqu'à 42 500 € | 15 % |
| Bénéfice SASU (IS, au-delà) | au-delà de 42 500 € | 25 % |
| Dividendes (flat tax / PFU) | dont IR | 12,8 % |
| Dividendes (flat tax / PFU) | dont prélèvements sociaux | 17,2 % |
| Salaire (charges patronales) | indicatif, sur le brut | ~42 % |
| Salaire (charges salariales) | indicatif, sur le brut | ~23 % |
Bénéfice SASU (IS, PME éligible)Prélèvement applicablejusqu'à 42 500 €
Bénéfice SASU (IS, au-delà)Prélèvement applicableau-delà de 42 500 €
Dividendes (flat tax / PFU)Prélèvement applicabledont IR
Dividendes (flat tax / PFU)Prélèvement applicabledont prélèvements sociaux
Salaire (charges patronales)Prélèvement applicableindicatif, sur le brut
Salaire (charges salariales)Prélèvement applicableindicatif, sur le brut
Le taux réduit d'IS de 15 % ne s'applique qu'aux PME éligibles : chiffre d'affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % minimum par des personnes physiques.
Exemple chiffré : la rémunération de Camille, présidente de SASU
Camille, 38 ans, se verse un salaire brut de 3 000 € par mois via sa SASU. Voici le détail du flux, de la dépense engagée par la société jusqu'au net qu'elle perçoit :
| Étape | Montant mensuel | Sur 12 mois |
|---|---|---|
| Salaire brut | 3 000 € | 36 000 € |
| + Charges patronales (~42 %) | 1 260 € | 15 120 € |
| Coût total société | 4 260 € | 51 120 € |
| − Charges salariales (~23 %) | 690 € | 8 280 € |
| Salaire net dirigeante | 2 310 € | 27 720 € |
Salaire brutMontant mensuel3 000 €
+ Charges patronales (~42 %)Montant mensuel1 260 €
Coût total sociétéMontant mensuel4 260 €
− Charges salariales (~23 %)Montant mensuel690 €
Salaire net dirigeanteMontant mensuel2 310 €
Autrement dit, pour que Camille touche 27 720 € net dans l'année, sa société doit assumer une dépense de 51 120 €. C'est seulement au-delà de ce seuil de marge qu'elle peut envisager de distribuer des dividendes. Si la SASU dégage 42 500 € de bénéfice imposable après ce salaire, l'IS s'élève à 15 % soit 6 375 €, laissant 36 125 € distribuables ; après flat tax de 30 %, il resterait environ 25 287 € de dividendes nets.
Points clés du statut d'assimilé salarié
Le statut du président de SASU repose sur quelques caractéristiques structurantes, à connaître avant tout arbitrage :
- Régime général de la Sécurité sociale : le président est assimilé salarié (CPAM pour la maladie, CNAV et AGIRC-ARRCO pour la retraite). Il bénéficie de la même couverture qu'un salarié classique — un avantage majeur sur le statut TNS du gérant majoritaire de SARL.
- Pas d'assurance chômage : malgré son rattachement au régime général, il ne cotise pas à l'assurance chômage et n'ouvre aucun droit à l'ARE (allocation de retour à l'emploi, l'allocation chômage versée par France Travail). Une garantie privée (GSC) existe mais reste coûteuse, de l'ordre de 300 à 600 €/mois selon le niveau de protection (indicatif).
- Dividendes hors cotisations sociales : contrairement à la SARL où la part de dividendes dépassant 10 % du capital est soumise aux cotisations SSI, les dividendes de SASU ne supportent aucune cotisation sociale, uniquement la flat tax de 30 %.
- IS dès le premier euro : la SASU paie l'impôt société sur son bénéfice (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà pour les PME éligibles), calculé après déduction du salaire et des charges patronales du dirigeant.
- Responsabilité limitée : le patrimoine personnel est séparé de celui de la société, ce qui distingue nettement la SASU de l'entreprise individuelle au réel.
Pour situer le choix : face à une SARL, la SASU offre une meilleure couverture sociale mais des charges plus élevées ; face à l'EI au réel, elle sépare le patrimoine et permet de mettre en réserve les bénéfices, au prix d'une comptabilité commerciale et de l'IS dès le premier euro de profit.
Optimiser sa rémunération selon sa TMI
La stratégie se règle principalement en fonction de votre tranche marginale d'imposition. Voici une grille indicative, à ajuster selon votre profil :
- TMI 0 à 11 % : privilégiez le salaire. L'IR sur le revenu salarial reste très faible et vous construisez vos droits retraite et votre protection sociale au passage.
- TMI 30 % : visez un mix équilibré, de l'ordre de 50 % salaire et 50 % dividendes. Vous conservez une base de droits sociaux tout en captant l'efficacité fiscale des dividendes.
- TMI 41 à 45 % : maximisez les dividendes, car la flat tax de 30 % devient inférieure à votre taux marginal d'imposition. Maintenez toutefois un salaire plancher pour ne pas sacrifier votre retraite.
Les étapes concrètes pour piloter votre rémunération :
- Estimer le bénéfice prévisionnel de la société avant rémunération, pour connaître l'enveloppe distribuable.
- Fixer le salaire annuel en fonction des droits sociaux visés et de votre TMI, sachant qu'il réduit d'autant le bénéfice imposable à l'IS.
- Calculer l'IS sur le bénéfice restant (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).
- Décider de la distribution de dividendes en assemblée (décision de l'associé unique), après approbation des comptes, généralement dans les 6 mois de la clôture de l'exercice.
- Appliquer la flat tax de 30 % sur les dividendes versés, ou opter pour le barème progressif si c'est plus avantageux selon votre TMI.
Enfin, gardez en tête deux options spécifiques aux jeunes sociétés : la SASU peut opter pour l'imposition des bénéfices à l'IR pendant ses 5 premières années (utile en cas de déficit ou de TMI faible), et le choix salaire/dividendes peut se réévaluer chaque exercice. Pour les arbitrages à enjeu élevé, le recours à un expert-comptable reste recommandé.