La "préretraite" au sens classique — indemnités FNE versées aux salariés de plus de 55 ans dans les grandes restructurations — appartient largement au passé. Les réformes successives des années 1990 et 2000 ont supprimé la plupart de ces régimes, jugés trop coûteux pour les finances publiques. En 2026, des dispositifs ciblés subsistent néanmoins, et la retraite progressive offre une sortie progressive du marché du travail reconnue par le Code de la Sécurité sociale.
L'allocation amiante (ACAATA) : le dispositif de préretraite le plus connu
L'Allocation de Cessation Anticipée d'Activité des Travailleurs de l'Amiante (ACAATA) est le seul régime de préretraite d'État encore pleinement actif en 2026. Il s'adresse aux salariés ayant travaillé dans des établissements utilisant ou fabriquant des matériaux contenant de l'amiante, ou ayant développé une maladie professionnelle liée à l'amiante.
Conditions d'accès à l'ACAATA
- Être âgé d'au moins 50 ans.
- Avoir travaillé dans un établissement inscrit sur la liste officielle (arrêté du ministère du Travail) ou être reconnu atteint d'une maladie professionnelle liée à l'amiante (mésothéliome, asbestose, cancer broncho-pulmonaire).
- Avoir cessé définitivement toute activité salariée.
- Ne pas percevoir de pension de retraite à taux plein.
Montant de l'allocation amiante en 2026
Le montant est égal à 65 % du salaire de référence, correspondant au salaire moyen des 12 derniers mois. Ce salaire de référence est plafonné à 2 fois le Plafond Mensuel de la Sécurité Sociale (PMSS), soit 7 404 €/mois en 2026 (PMSS = 3 702 €). Le montant minimum est fixé à 65 % du SMIC horaire × 151,67 heures. L'allocation est versée jusqu'à la liquidation des droits à la retraite.
La retraite progressive : le dispositif légal le plus accessible
La retraite progressive est le dispositif qui se rapproche le plus de la préretraite pour le plus grand nombre de salariés. Elle permet de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension, les droits continuant à s'accumuler jusqu'à la liquidation définitive.
Conditions d'accès à la retraite progressive
- 60 ans minimum (2 ans avant l'âge légal de la retraite, fixé à 64 ans depuis la réforme 2023).
- 150 trimestres cotisés (37 ans et demi) tous régimes confondus.
- Exercer une activité salariée à temps partiel entre 20 % et 80 % d'un temps plein.
- Accord de l'employeur pour passer à temps partiel — il peut le refuser.
Calcul de la fraction de pension versée
La fraction de pension versée est égale à (1 − quotité travaillée) × pension complète théorique. Exemple : un salarié passant à 60 % du temps plein reçoit 40 % de sa pension théorique calculée à date. Les cotisations versées sur la période continuent à générer des trimestres et à améliorer le salaire annuel moyen, ce qui revalorise la pension définitive lors de la liquidation.
Les conventions CATS : préretraite dans certaines branches industrielles
Les Conventions d'Allocations de Transition pour les Seniors (CATS) permettent à des salariés de certaines branches — principalement l'automobile, la métallurgie et le textile — de cesser leur activité à partir de 57 ans avec le maintien d'une allocation jusqu'à la retraite.
- Âge minimum : 57 ans.
- Existence d'un accord de branche ou d'entreprise spécifique (CATS ne s'applique pas partout).
- Montant généralement autour de 70 % du salaire brut, selon les accords.
- Financement tripartite : entreprise, État (FNE) et organisme paritaire de branche.
Le chômage seniors : une préretraite de fait pour de nombreux salariés
Pour les salariés qui ne remplissent pas les conditions des dispositifs précédents, l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE) constitue souvent une solution de substitution. Après un licenciement économique ou une rupture conventionnelle, un salarié de 53 ans et plus peut prétendre à 36 mois d'indemnisation (contre 18 mois en règle générale).
À partir de 62 ans, si le salarié ne remplit pas encore les conditions du taux plein à la retraite, l'ARE peut être prolongée automatiquement jusqu'à la date à laquelle il les remplira — dans la limite de certains plafonds. Cette prolongation est connue sous le nom de maintien des droits ARE jusqu'à la retraite.
La mise en préretraite par l'employeur dans le cadre d'un PSE
Lors d'un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE), les entreprises peuvent prévoir des mesures de départs volontaires anticipés pour les salariés proches de la retraite. Ces dispositifs sont négociés avec les partenaires sociaux et peuvent inclure :
- Une indemnité supra-légale de départ (au-delà du minimum légal).
- Le maintien de la mutuelle d'entreprise pendant la période de transition.
- Une allocation de préretraite d'entreprise complétant l'ARE ou se substituant à elle.
- Une aide à la retraite complémentaire (rachat de trimestres pris en charge partiellement).
Fiscalité des allocations de préretraite en 2026
| Dispositif | Imposable IR ? | CSG/CRDS ? | Taux CSG |
|---|---|---|---|
| ACAATA amiante | Non (exonérée) | Oui | 6,2 % ou taux réduit selon revenus |
| Préretraite d'entreprise (PSE) | Oui | Oui | 9,2 % |
| ARE chômage seniors | Oui | Oui (si SJR > seuil) | 6,2 % ou 0 % selon revenus |
| Retraite progressive | Oui (pension) | Oui (CSG retraite) | 8,3 % ou 3,8 % selon revenus |
| CATS | Oui | Oui | Selon accord de branche |
Tableau comparatif des dispositifs de préretraite 2026
| Dispositif | Âge minimum | Montant | Condition principale |
|---|---|---|---|
| ACAATA amiante | 50 ans | 65 % du salaire de référence (plafonné à 2 × PMSS) | Exposition à l'amiante prouvée |
| Retraite progressive | 60 ans | % pension selon quotité non travaillée | 150 trimestres + accord employeur |
| ARE seniors | 53 ans | 55–75 % du Salaire Journalier de Référence | Inscription France Travail |
| CATS | 57 ans | Env. 70 % du salaire brut | Accord de branche signé |
Comment préparer sa sortie anticipée : les étapes clés
- Vérifiez vos droits retraite sur info-retraite.fr (nombre de trimestres validés, estimation de la pension).
- Identifiez le dispositif applicable à votre situation (amiante, branche CATS, retraite progressive…).
- Calculez le "manque à gagner" entre votre dernier salaire et les allocations perçues pendant la période de transition.
- Optimisez votre épargne retraite : les versements sur un PER sont déductibles du revenu imposable et les fonds sont déblocables à la liquidation de la retraite (y compris progressive).
- Négociez avec votre employeur : en cas de PSE ou si l'entreprise envisage une restructuration, demandez les conditions de départ anticipé.
- Consultez un conseiller en retraite ou un avocat spécialisé avant de signer tout document de rupture du contrat de travail.