Deux régimes pour les indépendants : micro et réel

Lorsque vous exercez en entreprise individuelle (EI) — ce qui inclut l'auto-entreprise — vous pouvez opter pour deux régimes fiscaux distincts :

  • Le régime micro-fiscal (micro-BIC ou micro-BNC) : un abattement forfaitaire représente les charges, simplification maximale
  • Le régime réel (réel simplifié ou réel normal) : déduction des charges réelles, comptabilité plus rigoureuse

Le choix entre ces deux régimes est l'une des décisions fiscales les plus importantes pour un indépendant : il impacte directement l'impôt sur le revenu, les cotisations sociales et la gestion administrative. Une fois ce choix fait, il engage pour au moins 2 ans.

Le régime micro-entreprise : principe et abattements

En micro-entreprise, vous déclarez votre chiffre d'affaires brut à l'administration, qui applique un abattement forfaitaire représentatif des charges. Vous êtes ensuite imposé sur le résultat ainsi calculé, ajouté à vos autres revenus (barème progressif IR ou versement libératoire 1,7% à 2,2%).

CatégorieAbattementSeuil CA 2026Activités concernées
BIC vente/hébergement71%188 700€Achat-revente, restauration, hôtellerie, gîtes
BIC services50%77 700€Prestations commerciales, artisanat, services à la personne
BNC professions libérales34%77 700€Consultants, formateurs, professions médicales/juridiques non réglementées
Abattement minimum305€-Quel que soit le CA, abattement plancher de 305€

Exemple : un freelance consultant (BNC) déclare 50 000€ de CA. Bénéfice imposable = 50 000 × (1 − 0,34) = 33 000€, intégrés au revenu imposable du foyer.

📌 Le versement libératoireEn micro-entreprise, vous pouvez opter pour le versement libératoire de l'IR si votre RFR N-2 ne dépasse pas 28 797€ par part. L'impôt est alors prélevé en même temps que les cotisations URSSAF : 1% (vente), 1,7% (services BIC) ou 2,2% (BNC) du CA. Avantage : visibilité parfaite. Inconvénient : payé même si pas imposable (TMI 0% ou 11% souvent perdante).

Le régime réel : déduction des charges réelles

Sous le régime réel, vous tenez une comptabilité (engagement ou trésorerie selon les cas) et déclarez le bénéfice net réel : recettes moins charges effectivement supportées. Sont déductibles :

  • Loyers et charges locatives (bureau, coworking)
  • Achats de matériel (immobilisations amortissables ou charges directes selon montant)
  • Frais de déplacement (essence, péages, transport public, hôtel)
  • Sous-traitance et achat de prestations
  • Abonnements et logiciels professionnels
  • Frais bancaires du compte pro
  • Cotisations sociales obligatoires (URSSAF, retraite)
  • Formation professionnelle
  • Intérêts d'emprunt professionnel

Le régime réel simplifié s'applique jusqu'aux seuils 254 000€ (services) / 840 000€ (vente). Au-delà, c'est le réel normal, avec obligations comptables renforcées (comptabilité d'engagement, déclaration TVA mensuelle).

🧮 Simulez votre micro-entreprise

Estimez vos cotisations URSSAF, votre impôt micro avec abattement et comparez les options.

Simuler →

Quel régime choisir ? La règle de l'abattement

Le critère de choix est simple : comparer vos charges réelles à l'abattement forfaitaire du micro. Si vos charges réelles dépassent l'abattement, le régime réel est plus avantageux fiscalement.

ActivitéAbattement microSeuil rentabilité du réel (charges)
BIC vente/hébergement71%Charges > 71% du CA → réel
BIC services50%Charges > 50% du CA → réel
BNC libéral34%Charges > 34% du CA → réel

Exemple : un freelance BNC avec 60 000€ de CA. Si ses charges réelles atteignent 25 000€ (sous-traitance + déplacements + loyer bureau + matériel), soit 41,7% du CA, le réel est plus avantageux car l'abattement forfaitaire de 34% n'aurait représenté que 20 400€ de charges.

💡 Considérez aussi la simplicité administrativeLe micro reste plus simple : pas de comptabilité, pas de bilan, déclaration mensuelle/trimestrielle URSSAF en quelques clics. Le réel impose une vraie comptabilité (généralement avec un expert-comptable : 800€ à 2 500€/an). Vérifiez que le gain fiscal compense le surcoût et le temps consacré. Le seuil de rentabilité doit intégrer ces coûts.

L'ACRE : aide aux nouveaux entrepreneurs

L'ACRE (Aide à la Création et à la Reprise d'Entreprise) est une exonération partielle de cotisations sociales accordée la première année d'activité, sous conditions (premier projet ou éligibilité spécifique : demandeur d'emploi, RSA, jeune de moins de 26 ans, etc.).

  • En micro : taux de cotisations réduit de 50% pendant 12 mois (ex : 12,3% au lieu de 24,6% pour services BIC)
  • En réel : exonération totale ou partielle des cotisations TNS, dégressive selon revenus (totale jusqu'à 30 852€, dégressive jusqu'à 41 136€)
  • Demande : automatique pour les auto-entrepreneurs (à confirmer lors de l'immatriculation), à demander sous 45 jours sinon
  • Renouvellement : non, ACRE accordée une seule fois (sauf cas particuliers de transition)

Au-delà de l'ACRE, certains dispositifs complémentaires peuvent jouer : ARCE (versement de 60% des droits ARE en capital pour les créateurs au chômage) ou maintien partiel de l'ARE.

Publicité

Le traitement des déficits

C'est une différence majeure entre micro et réel :

En micro : pas de déficit possible

L'abattement forfaitaire ne peut pas conduire à un résultat négatif. Vous êtes imposé sur le CA × (1 − abattement) même si vos charges réelles ont été supérieures à vos recettes. Conséquence : en phase de lancement avec beaucoup d'investissements, le micro vous fait payer un impôt sur des bénéfices que vous n'avez pas réalisés.

Au réel : déficit imputable ou reportable

En BIC professionnel (activité exercée à titre habituel), le déficit est imputable sur le revenu global du foyer (salaires du conjoint, revenus fonciers, etc.). Au-delà, l'excédent est reportable sur 6 ans.

En BNC professionnel, le déficit est également imputable sur le revenu global. En BIC ou BNC non professionnels, le déficit n'est imputable que sur les bénéfices de même nature des 6 années suivantes.

📌 Cas du LMNP : un cas particulierEn Location Meublée Non Professionnelle (LMNP), le réel est presque toujours plus avantageux que le micro-BIC : grâce à l'amortissement du bien et des meubles, le résultat fiscal est souvent nul ou négatif pendant 10 à 20 ans, alors que le micro applique un abattement de 50% (logements classiques) ou 71% (meublés de tourisme classés). Voir notre guide LMNP débutant.

Cotisations sociales : impact du choix

Les cotisations sociales TNS sont calculées sur des assiettes différentes :

RégimeAssiette cotisationsTaux moyen 2026
Micro venteCA × 12,3% (avec ACRE) ou 24,6%~12,3% du CA
Micro services BICCA × 21,2% (ACRE 10,6%)~21,2% du CA
Micro BNCCA × 24,6% (ACRE 11,4%) (CIPAV/SSI)~24,6% du CA
Réel BIC/BNCBénéfice net~40-45% du bénéfice

À CA équivalent, le micro est généralement plus léger en cotisations si vous avez peu de charges (vu que les cotisations frappent l'intégralité du CA). À l'inverse, si vos charges sont élevées, le réel ne fait cotiser que sur le bénéfice net, ce qui peut réduire fortement le total des cotisations.

Synthèse : choisir selon votre profil

ProfilRégime recommandé
Freelance solo sans charge, servicesMicro-BNC ou Micro-BIC services
Vente sans stock, e-commerce dropshippingMicro (abattement 71% très favorable)
Consultant facturant beaucoup de sous-traitanceRéel (charges > 34% CA)
Artisan avec gros matériel et déplacementsRéel
Location meublée (LMNP)Réel (amortissements)
Lancement avec gros investissements et perte 1ère annéeRéel (déficit imputable)
Activité accessoire à un emploi salariéMicro (simplicité)
💼 Shine — Compte pro auto-entrepreneur et indépendant
Shine simplifie la vie des indépendants : compte pro, facturation, catégorisation auto des charges, déclarations URSSAF intégrées. Idéal pour suivre vos charges et arbitrer micro/réel.
Découvrir Shine →
🧮 Versement libératoire : est-ce intéressant pour vous ?

Comparez l'impôt classique au barème progressif avec le versement libératoire micro-entreprise.

Calculer →