Camille et Yann sont les parents de Léo, 7 ans, en situation de handicap depuis sa naissance. Entre les rendez-vous médicaux, la rééducation et l'aménagement du quotidien, Camille a réduit son temps de travail à 80 %. Comme beaucoup de familles, ils découvrent tardivement qu'une aide existe pour les soutenir : l'Allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH), versée par la CAF (ou la MSA), avec une base de 153,01 € par mois en 2026 et, selon la situation, un complément pouvant porter le total bien au-delà.

L'AEEH n'est pas une aide réservée aux situations les plus lourdes : elle s'adresse à toute famille élevant un enfant de moins de 20 ans en situation de handicap, dès lors qu'un taux d'incapacité est reconnu par la MDPH. Ce guide vous explique à quoi elle sert, comment elle se calcule, comment la demander étape par étape, et surtout comment bien arbitrer entre l'AEEH et la PCH (prestation de compensation du handicap), un choix qui revient souvent et qui a des conséquences financières réelles.

moncalcul.fr est un site d'information gratuit et indépendant. Nous ne sommes pas la CAF ni la MDPH. Les démarches officielles se font auprès de votre Caf et de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Sources : caf.fr, service-public.fr, MDPH.

À quoi sert l'AEEH ?

L'AEEH est une prestation familiale destinée à compenser les frais d'éducation et de soins liés au handicap d'un enfant. Élever un enfant handicapé entraîne souvent des dépenses supplémentaires (transport vers les soins, matériel, aménagements) et, fréquemment, une réduction ou un arrêt de l'activité professionnelle d'un parent pour l'accompagner.

L'allocation se compose de deux étages :

  • une allocation de base (AB) d'un montant fixe, versée à toute famille dont l'enfant est reconnu handicapé ;
  • un complément éventuel, qui s'ajoute à la base selon l'importance des besoins.

C'est la CDAPH (Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées), au sein de la MDPH, qui examine le dossier, reconnaît le taux d'incapacité et décide de l'attribution. La CAF (ou la MSA pour le régime agricole) verse ensuite l'allocation.

📌 AEEH : une logique différente des aides classiquesContrairement aux allocations familiales ou à la prime à la naissance, l'AEEH n'est pas soumise à conditions de ressources. Le montant de base est le même pour toutes les familles éligibles, quel que soit leur revenu. C'est le taux d'incapacité de l'enfant, et non vos revenus, qui ouvre le droit.

Qui peut en bénéficier ?

Pour ouvrir droit à l'AEEH, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • L'enfant a moins de 20 ans et est à votre charge effective et permanente.
  • Un taux d'incapacité est reconnu par la CDAPH :
  • taux d'au moins 80 % : droit ouvert directement ;
  • taux entre 50 % et 79 % : droit ouvert si l'enfant fréquente un établissement spécialisé ou si son état exige le recours à des soins ou des aides particulières (à domicile ou en éducation spécialisée).
  • L'enfant ne perçoit pas un salaire supérieur à un certain plafond s'il travaille.
  • Vous remplissez les conditions générales des prestations familiales (résidence en France, etc.).

L'AEEH n'est en principe pas cumulable avec une éventuelle allocation versée pour le même enfant placé en internat avec prise en charge intégrale des frais de séjour par l'Assurance maladie ou l'État (sauf pour les périodes de retour au foyer), mais ce point est apprécié au cas par cas par votre Caf.

💡 Un enfant déjà accompagné par la MDPH ?Si votre enfant bénéficie déjà d'un PPS (projet personnalisé de scolarisation), d'une AESH à l'école ou d'un suivi en SESSAD/IME, c'est un signal fort que le taux d'incapacité requis pourrait être reconnu. Ne renoncez pas à déposer une demande d'AEEH en pensant que « ce n'est pas assez grave » : c'est la CDAPH qui tranche, pas vous.

Montants et conditions en 2026

Le montant de base de l'AEEH est de 153,01 € par mois (barème en vigueur du 1er avril 2026 au 31 mars 2027). À cette base peut s'ajouter un complément.

Avec le complément, le total versé chaque mois se situe entre 114,76 € et 1 298,44 € selon la situation de la famille (ces montants intègrent les différents compléments possibles ajoutés à la base).

Comment se calcule le complément ?

Le complément est déterminé en fonction de trois critères, appréciés ensemble par la CDAPH :

Critère pris en compteCe que cela mesure
Réduction ou arrêt d'activité d'un parentUn parent travaille moins (ou plus du tout) pour s'occuper de l'enfant
Embauche d'une tierce personneVous rémunérez quelqu'un pour aider à la prise en charge
Dépenses liées au handicapFrais réguliers et supplémentaires causés par le handicap

Plus ces contraintes sont importantes, plus le complément attribué est élevé. Il existe plusieurs niveaux de complément (catégories), chacun correspondant à un montant croissant, ce qui explique la large fourchette du total.

Durée d'attribution

La durée de versement dépend du taux d'incapacité retenu :

Taux d'incapacité de l'enfantDurée d'attribution
Au moins 80 %Sans limitation de durée jusqu'aux 20 ans de l'enfant*
Entre 50 % et 79 %Entre 2 et 5 ans (renouvelable)

\* Si l'état de santé présente des perspectives d'amélioration, la durée peut être réduite. À l'échéance, le droit peut être renouvelé pour une nouvelle période après réexamen par la CDAPH.

⚠️ Anticipez les renouvellementsPour les taux entre 50 % et 79 %, l'AEEH est attribuée pour 2 à 5 ans. Notez la date d'échéance et déposez votre demande de renouvellement plusieurs mois avant (idéalement 6 mois) : les délais d'instruction MDPH sont longs et une interruption de droits peut créer un trou de versement.
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Démarches : comment demander l'AEEH étape par étape

L'AEEH ne se demande pas directement à la CAF : tout passe par la MDPH de votre département. Voici la marche à suivre.

  1. Retirez ou téléchargez le formulaire de demande MDPH (formulaire Cerfa unique n° 15692*01 de demande auprès de la MDPH). Il est disponible sur le site de votre MDPH, sur service-public.fr, ou en version papier à l'accueil de la MDPH.
  2. Faites remplir le certificat médical (Cerfa n° 15695*01) par votre médecin. Ce document est central : il décrit le handicap, son retentissement sur le quotidien et la scolarité. Plus il est précis et détaillé, mieux la situation sera évaluée. Il doit dater de moins de 6 mois (12 mois selon les MDPH).
  3. Rassemblez les pièces justificatives : justificatif d'identité, justificatif de domicile, comptes rendus médicaux, bilans (orthophonie, psychomotricité, neuropsychologie…), éléments de scolarité (PPS, notes), et tout document attestant des frais ou de la réduction d'activité si vous visez un complément.
  4. Rédigez le « projet de vie » : c'est l'espace où vous décrivez avec vos mots le quotidien, les difficultés, vos besoins et vos attentes. Ne le négligez pas, il pèse réellement dans la décision.
  5. Déposez le dossier complet à la MDPH (en ligne quand c'est possible, par courrier ou sur place). Conservez une copie et un accusé de dépôt.
  6. L'équipe pluridisciplinaire instruit le dossier, puis la CDAPH décide : taux d'incapacité, ouverture du droit à l'AEEH, complément éventuel et durée.
  7. La CAF (ou la MSA) verse l'allocation une fois la décision transmise. Pensez à vous assurer que votre dossier CAF est à jour.
💡 Soignez le certificat médical et le projet de vieLes deux pièces qui font la différence sont le certificat médical détaillé et le projet de vie. Préparez en amont une liste concrète des difficultés au quotidien (sommeil, repas, déplacements, scolarité, rendez-vous médicaux par semaine) et donnez ces éléments à votre médecin. Un dossier vague est plus souvent sous-évalué.

AEEH ou PCH : cumul, choix et arbitrage

C'est la question la plus fréquente — et la plus délicate. Lorsqu'un enfant ouvre droit à l'AEEH avec complément, sa famille peut, dans certains cas, prétendre aussi à la PCH (prestation de compensation du handicap) versée par le département.

Le principe général à retenir :

  • Vous pouvez cumuler l'AEEH de base avec la PCH.
  • En revanche, vous devez choisir entre le complément d'AEEH et la PCH : les deux ne se cumulent pas pour compenser les mêmes besoins. C'est un droit d'option.
CombinaisonPossible ?
AEEH de base seuleOui
AEEH de base + complément d'AEEHOui
AEEH de base + PCHOui
Complément d'AEEH + PCHNon — il faut choisir

Le bon choix dépend de la nature des dépenses. La PCH peut être plus avantageuse quand il y a des aides techniques coûteuses, des aménagements du logement ou du véhicule, ou un besoin d'aide humaine important et chiffrable. Le complément d'AEEH est souvent plus simple et adapté quand la principale contrainte est la réduction d'activité d'un parent.

⚠️ Faites comparer les deux scénarios avant de choisirLe droit d'option entre complément d'AEEH et PCH peut représenter plusieurs centaines d'euros de différence par mois. Avant de cocher une case, demandez à la MDPH ou à une assistante sociale de chiffrer les deux scénarios pour votre situation précise. Vous pouvez aussi revoir votre choix lors d'un renouvellement si votre situation évolue.

Pièges à éviter et conseils pratiques

  • Ne pas attendre le « bon moment » : déposez la demande dès qu'un diagnostic ou un suivi est posé. Les droits ne sont pas rétroactifs au-delà des règles d'instruction.
  • Ne pas sous-documenter le dossier : un certificat médical succinct conduit souvent à un taux d'incapacité sous-évalué, donc à un refus ou à un montant moindre.
  • Penser au complément : beaucoup de familles ne perçoivent que la base car elles n'ont pas fourni les justificatifs de réduction d'activité ou de dépenses. Si un parent a réduit son temps de travail, signalez-le explicitement.
  • Vérifier les autres droits : l'AEEH peut ouvrir l'accès à d'autres dispositifs (majoration pour parent isolé d'enfant handicapé, AESH à l'école, transport adapté, carte mobilité inclusion). Posez la question à la MDPH.
  • En cas de refus ou de désaccord : vous pouvez demander un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) auprès de la MDPH, puis saisir le tribunal compétent. Ne renoncez pas après un premier refus.
📌 Aides CAF près de chez vousLes délais, les permanences MDPH et certaines aides complémentaires varient d'un département à l'autre. Retrouvez les informations locales dans notre dossier Aides CAF par département pour identifier les contacts utiles près de chez vous.

Et après les 20 ans de l'enfant ?

L'AEEH s'arrête aux 20 ans de l'enfant. Le relais peut alors être pris par l'AAH (allocation aux adultes handicapés), sous conditions, à laquelle s'ajoute éventuellement le complément de ressources ou la majoration pour la vie autonome. Anticipez ce passage en préparant le dossier AAH avant le 20e anniversaire pour éviter une rupture de revenus.

Estimer l'AAH après les 20 ans de votre enfant

L'AEEH s'arrête à 20 ans. Simulez le montant d'AAH qui peut prendre le relais selon les ressources et la situation.

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En résumé

L'AEEH est une aide précieuse et sans condition de ressources pour les familles d'un enfant de moins de 20 ans en situation de handicap : 153,01 € de base par mois en 2026, et un total pouvant aller de 114,76 € à 1 298,44 € avec complément. Tout se joue à la MDPH, sur la qualité du dossier (certificat médical et projet de vie), et sur le bon arbitrage entre complément d'AEEH et PCH. Prenez le temps de bien documenter votre demande, faites-vous accompagner, et n'hésitez pas à exercer un recours en cas de refus.

Informations vérifiables sur caf.fr, service-public.fr et auprès de la MDPH de votre département. moncalcul.fr est un service d'information indépendant et gratuit, sans lien avec l'administration.