Définition et motifs légaux du licenciement économique
Le licenciement économique est un licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié, résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification refusée d'un élément essentiel du contrat de travail. C'est la définition légale posée par l'article L. 1233-3 du Code du travail.
Les motifs reconnus comme économiques sont strictement encadrés depuis les ordonnances Macron de 2017. Quatre catégories sont admises :
- Difficultés économiques : baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires pendant au moins 1 trimestre (PME < 11 salariés) à 4 trimestres consécutifs (grandes entreprises > 300 salariés), pertes d'exploitation, dégradation de la trésorerie
- Mutations technologiques : transformation profonde liée à l'introduction de nouvelles technologies (automatisation, numérisation)
- Réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité : l'entreprise anticipe des difficultés pour maintenir sa compétitivité sur son marché
- Cessation d'activité de l'entreprise (totale et définitive, non imputable à une faute de l'employeur)
La réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité est le motif le plus utilisé et le plus contesté. Les juges contrôlent que la réorganisation répond à une nécessité réelle, sans exiger que l'entreprise soit en péril immédiat — mais la simple optimisation des profits ne suffit pas.
La procédure selon le nombre de licenciements
La procédure varie considérablement selon le nombre de salariés licenciés sur une période de 30 jours :
| Type | Périmètre | Procédure spécifique |
|---|---|---|
| Licenciement individuel | 1 salarié | Entretien préalable, lettre de licenciement, délai de 7 jours ouvrables (15 pour cadre) |
| Petit collectif | 2 à 9 salariés | Consultation du CSE (si ≥ 11 salariés), entretiens préalables individuels |
| Grand collectif | 10 salariés et + (entreprise ≥ 50 sal.) | PSE obligatoire, 2 réunions CSE minimum, homologation DREETS |
| Grand collectif (entreprise < 50 sal.) | 10 salariés et + | Information DREETS, consultation CSE si existant |
Pour tout licenciement, l'employeur doit respecter un ordre des licenciements défini par la convention collective ou, à défaut, par la loi. Les critères légaux sont : charges de famille (enfants à charge), ancienneté, situation à l'égard du marché du travail (personnes handicapées, salariés âgés), qualités professionnelles. L'employeur doit tenir compte de l'ensemble de ces critères sans en privilégier un seul.
Le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE)
Le PSE est obligatoire lorsqu'une entreprise d'au moins 50 salariés envisage de licencier au moins 10 salariés sur 30 jours. Il doit prévoir des mesures concrètes pour limiter les licenciements et favoriser le reclassement des salariés licenciés. Un PSE sans mesures réelles peut être invalidé par le juge administratif.
Le contenu d'un PSE comprend obligatoirement : un plan de reclassement interne (propositions de postes disponibles dans l'entreprise ou le groupe), des mesures de formation et de reconversion, un plan de départ volontaire si l'employeur le souhaite, des mesures d'accompagnement (cellule de reclassement, aide à la création d'entreprise, congé de reclassement). Les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent obligatoirement proposer un congé de reclassement.
Le PSE peut être négocié par accord collectif majoritaire (signatures syndicats représentant > 50 % des suffrages) ou établi unilatéralement et soumis à homologation de la DREETS (direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités). La DREETS dispose de 21 jours pour homologuer ou refuser le PSE unilatéral.
📌 Indemnité légale de licenciement économique 2026 :
- Pour les 10 premières années d'ancienneté : 1/4 de mois de salaire brut par année
- À partir de la 11e année : 1/3 de mois de salaire brut par année supplémentaire
- Base de calcul : le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois bruts ou la moyenne des 3 derniers mois bruts (primes incluses au prorata)
- Condition : au moins 8 mois d'ancienneté ininterrompue dans l'entreprise
Calcul de l'indemnité et exemple chiffré
L'indemnité légale de licenciement économique est identique à celle du licenciement personnel (hors faute grave ou lourde). Elle est calculée sur la base du salaire de référence — toujours pris comme le plus avantageux pour le salarié entre la moyenne des 12 derniers mois ou la moyenne des 3 derniers mois.
Exemple : un salarié avec 12 ans d'ancienneté et un salaire mensuel brut moyen de 3 200 € percevra :
- Pour les 10 premières années : 10 × 3 200 × (1/4) = 8 000 €
- Pour les 2 années suivantes : 2 × 3 200 × (1/3) = 2 133 €
- Total : 10 133 €
La convention collective peut prévoir une indemnité plus favorable — c'est souvent le cas dans les secteurs de la banque, de l'assurance ou de la chimie. En cas de licenciement économique dans le cadre d'un PSE, des indemnités supra-légales négociées peuvent s'y ajouter. L'indemnité légale est exonérée d'impôt et de cotisations dans la limite prévue par le Code général des impôts (double plafond SS ou montant conventionnel si supérieur).
🧮 Calculez votre indemnité de licenciement précise
Simulateur indemnité licenciementCongé de reclassement et Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)
Deux dispositifs d'accompagnement existent pour les salariés licenciés pour motif économique :
Le congé de reclassement est proposé par les entreprises d'au moins 1 000 salariés. D'une durée de 4 à 12 mois (et jusqu'à 24 mois en cas de formation longue), il permet au salarié de bénéficier d'un accompagnement personnalisé tout en restant dans les effectifs. Pendant le congé, le salarié perçoit une rémunération minimale de 65 % du salaire brut de référence (au moins égale au SMIC net).
Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) est destiné aux entreprises de moins de 1 000 salariés et aux entreprises en liquidation. L'adhésion est proposée par France Travail lors de l'entretien de licenciement. Si le salarié accepte, le contrat de travail est rompu immédiatement et le salarié bénéficie d'un suivi intensif de reclassement pendant 12 mois, avec une allocation de 75 % du salaire journalier de référence (contre 57 % en moyenne pour l'ARE classique). L'adhésion au CSP est une option avantageuse dans la plupart des cas.
Priorité de réembauche et droits ARE
Le salarié licencié pour motif économique bénéficie d'une priorité de réembauche pendant 1 an à compter de la rupture du contrat. Pour en bénéficier, il doit en faire la demande dans l'année suivant son départ. L'employeur qui procède à une embauche dans cette période doit informer le salarié ayant exprimé son intérêt. Le non-respect de cette priorité peut engager la responsabilité de l'employeur.
Le licenciement économique ouvre automatiquement droit à l'ARE, à condition d'avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois (ou 36 mois pour les 53 ans et plus). Le délai de carence de 7 jours s'applique, ainsi qu'un différé d'indemnisation si vous avez perçu des indemnités supra-légales. L'ARE est versée de 6 mois à 24 mois selon votre durée de cotisation, et jusqu'à 36 mois si vous avez plus de 55 ans.
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